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Dernières tentatives d’un homme politique mort

Hollande fustige les élections et s’inquiète de la crise des partis de gouvernement

Devant son gouvernement au grand complet lors d’un Conseil des Ministres exceptionnel ce mercredi 8 mars, François Hollande a fustigé les élections présidentielles, déplorant que « les Français ne s’y retrouvent pas » et que la campagne n’ait « pas vraiment commencé ». Le président sortant tente de se poser comme l’homme politique responsable dans cette situation où, faute d’avoir pu se présenter à sa propre succession, il voudrait se démarquer des candidats en lice, en faisant de « la lutte contre le Front National » son étendard et sa (dernière ?) mission. François Hollande, qui fustige la campagne et qui s’inquiète de la « crise des partis de gouvernement » aurait-il oublié le rôle qu’il a joué dans la décomposition du Parti Socialiste, lui qui a été le président le plus impopulaire de la Vème République ? Marina Garrisi

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La campagne électorale n’est pas à la hauteur


François Hollande a longuement déploré une campagne « inédite » selon lui, et « de qualité très basse ». Les déclarations de Hollande sont clairement une tentative de dialogue avec le sentiment légitime de la population qui marque son désintérêt pour les élections 2017, dans un contexte où le « débat » offert par une campagne est grandement polarisé par les filloneries en tout genre, sur fond de crise des partis traditionnels. En effet, les différents sondages réalisés depuis plusieurs semaines montrent que cette année, le taux de participation risque d’être inférieur à la participation habituelle (autour de 80%). D’une manière générale, les enquêtes d’opinion soulignent le désintérêt d’une large partie de l’électorat. Le chef de l’État a également critiqué les primaires, qui « ne correspondent pas à la Vème République et à l’élection présidentielle », omettant de préciser qu’il a lui-même été candidat après des primaires en 2011 et qu’il a renoncé à participer à celles de cette année uniquement par peur d’être éliminé.

En cherchant à se démarquer de la campagne, François Hollande prend des airs du Mitterrand qui, quelques semaines avant de quitter l’Élysée à la fin de son second mandat, avait multiplié les confidences assassines sur la campagne de 1995 qu’il jugeait indigente et ennuyeuse. « La première depuis cinquante ans dont je serai tout à fait absent » répétait-il songeur, avant de résumer ainsi sa pensée « en fait, je suis le dernier des grands présidents ». « Moi ou le chaos » en somme, et c’est ce que Hollande voudrait que l’on retienne de ce début de campagne difficile.

Pas candidat mais prévoyant


Le président sortant est persuadé qu’il aurait pu remporter les élections en mai prochain si seulement il n’y avait pas eu de fronde contre lui. On apprend également que François Hollande dispose de500 parrainages, « juste au cas où ». Concrètement, cela veut dire qu’il peut choisir de se présenter jusqu’au 17 mars prochain, date de remise officielle des candidatures au Conseil Constitutionnel. Bien que sa candidature semble aujourd’hui difficile, alors qu’il a déclaré officiellement ne pas se présenter à sa succession en décembre dernier, un proche du président confie que Hollande « est un homme qui ne ferme jamais aucune fenêtre. Depuis qu’il a renoncé, les conditions ont changé ». Candidat surprise de dernière minute ? On en doute, mais ce qui est sûr, c’est que François Hollande essaie de redorer son blason dans un contexte où les candidats favoris de l’élection présidentielle sont tous entachés par des affaires de magouilles et de détournement d’argent.

Le président sortant fait tout pour apparaître comme l’homme responsable dans la situation. Alors qu’un certain nombre de ministres attendent le bon moment pour rallier Emmanuel Macron, le chef de l’Etat a appelé son gouvernement à la « cohésion », alors que le PS est en pleine implosion et qu’un texte de ralliement de l’aile droite du PS à Macron circule en ce moment. « La liberté d’expression doit être maîtrisée », a-t-il recommandé. Il a toutefois laissé entendre qu’à la fin mars, après le dépôt des candidatures au Conseil constitutionnel, les ministres pourraient s’exprimer comme ils l’entendaient, en fonction de leurs sensibilités. Surtout, François Hollande lance la charge contre le FN : « mon ultime devoir, c’est de tout faire pour que la France ne puisse pas être convaincue par un tel projet, ni porter une si lourde responsabilité ». Les mises en garde en ce sens se sont multipliées : « toute cette débauche d’énergie pour m’empêcher de me présenter et pour se retrouver avec Le Pen aux portes du pouvoir ». Voilà ce qu’a lancé Hollande à l’adresse de ceux qui l’ont poussé à ne pas se représenter. Dans sa stratégie pour regagner du crédit auprès de la population, François Hollande n’invente rien puisque le PS est familier de faire campagne sur « le danger de l’extrême droite ».

François hollande a oublié qu’il est le président le plus impopulaire de la Vème République


Le Président sortant, qui a déploré la « crise des partis de gouvernement » semble avoir oublié son rôle dans la crise accélérée du parti socialiste, médiation traditionnelle de la bourgeoisie de la Vème République qui a longtemps joué un rôle de contention des aspirations progressistes tout en menant une politique de plus en plus libérale. Si « tout le monde déteste le PS », slogan qu’on entendait repris par des milliers de personnes ce printemps dans les manifestations contre la loi Travail, François Hollande n’y est pas pour rien !

Élu en 2012 sur un anti-sarkozysme ambiant, il est aujourd’hui le président le plus impopulaire de la Vème République. Tout au long de son mandat la politique menée par les socialistes et par le chef de l’État a grandement contribué à la fracture avec « le peuple de gauche », comme en témoigne aujourd’hui l’incertitude qui plane autour des présidentielles et la difficulté pour Hamon, vainqueur de la primaire du PS, de s’ériger comme « le candidat de la gauche de gouvernement ». Le risque d’explosion du PS autour de la candidature de Macron et celle de Hamon est le symptôme d’une longue période de crise entre les « deux gauches irréconciliables ».


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