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Politique

Pouvoir d'achat

Hausse des prix. Refusons l’aumône du gouvernement : augmentation généralisée des salaires !

Fragilisé par un début de quinquennat 2 compliqué, Emmanuel Macron s’apprête à mettre sur la table un projet « de loi sur le pouvoir d’achat » pour calmer la colère latente face à la hausse généralisée des prix. Mais entre mesures cosmétiques annoncées et volonté de ne pas augmenter les salaires, celui-ci s’annonce, en comparaison à l’orgie de dividendes du CAC40, une provocation !

jeudi 12 mai

Un gouvernement fébrile face à la hausse des prix et l’inflation

Dans un article paru mardi dans l’Express, Béatrice Mathier et Erwan Bruckert notent « En 2007, le "travailler plus pour gagner plus" de Nicolas Sarkozy s’était fracassé sur la crise des subprimes venue des Etats-Unis. En 2022, la société du plein-emploi rêvée par Emmanuel Macron est ébranlée par les chars de Vladimir Poutine. ». Pour Emmanuel Macron l’état de grâce post-élection n’aura pas eu lieu.

Pandémie mondiale, guerre en Ukraine, croissance en berne, inflation importante (la hausse des prix s’est hissée à 4,8% en avril, du jamais vu depuis plus de trente ans), sentiment « de ne plus y arriver » grandissant pour des secteurs entiers des classes populaires, colère latente et sourde, dans la continuité d’une campagne saturée par la question du « pouvoir d’achat » c’est bien la crainte d’une nouvelle explosion sociale qui est en première ligne dans ce début de quinquennat 2. Selon un sondage Elabe pour BFMTV diffusé mercredi, 50 % des personnes interrogées estiment même que le social doit être la première priorité du président pour son second mandat.

Or si avant le scrutin, Emmanuel Macron s’était engagé à faire passer une « loi exceptionnelle sur le pouvoir d’achat » à l’été, depuis, alors que la nomination d’un nouveau gouvernement se fait toujours attendre, aucune précision n’avait été donnée. Depuis quelques jours cependant, entre deux préparations de cartons de ses ministres, le chef de l’Etat, n’oubliant pas que les législatives sont dans un peu plus de quatre semaines, a décidé de passer la seconde.

En réalité, le gouvernement ne peut pas se permettre de trop tarder. D’une part, parce que face aux tendances inflationnistes et alors que plusieurs réformes douloureuses sont prévues, à commencer par la réforme des retraites ou la mise en place du RSA avec contreparties, Emmanuel Macron ne peut consentir à attiser trop fortement la colère sociale. D’autre part, parce que le calendrier est politique et que les critiques de l’opposition se font de plus en plus virulentes, d’autant plus que les tractions lancées à gauche et leur concrétisation avec le lancement de la NUPES mettent sous pression le gouvernement sur sa gauche.

Enfin, parce qu’Emmanuel Macron est bien conscient que son second mandat commence sur un volcan endormi qui pourrait très vite se révéler incandescent. Avec une assise sociale toujours plus étroite, le président de la République a pu compter sur un vote barrage, qui bien qu’en déliquescence lui a permis d’obtenir une victoire à la Pyrrhus. De quoi remporter un second mandat, mais surtout plus que jamais se confronter au défi de gouverner avec une faible légitimité.

Du côté des proches d’Emmanuel Macron, la situation n’est pas sans inquiéter. « Il ne pourra rien faire de ce qu’il a promis » confie un ministre sur le départ à l’Express. Et à un autre poids lourd du gouvernement de renchérir : « Tous les discours qui consistent à dire qu’il faut tenir coûte que coûte face à la rue, ça n’existe pas. Ou, plutôt, c’est terminé. A un moment donné, si le vase déborde, vous ne pouvez plus passer ». C’est dans ce contexte que mercredi, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal a annoncé que le projet de loi « sur le pouvoir d’achat » serait présenté juste après les élections des 12 et 19 juin.

Des miettes pour calmer la colère et ne surtout pas augmenter les salaires

A cette occasion, le porte-parole du gouvernement a évoqué plusieurs mesures déjà connues comme la prolongation du bouclier tarifaire sur les prix de l’énergie jusqu’à fin 2022, la mise en place d’un dispositif « pérenne et mieux ciblé » que la remise de 18 centimes – en place jusqu’au 31 juillet- sur le prix de l’essence, la suppression de la redevance audiovisuelle (soit 138 euros par an pour près de 23 millions de ménages), l’indexation des minimas sociaux et des retraites sur l’inflation au 1er juillet, ou encore le lancement du « chèque alimentaire » dès l’été.

Parmi toutes les mesures envisagées, cette dernière est celle qui semble susciter le plus de débat. Sur la table depuis près d’un an et la Convention citoyenne pour le climat, le gouvernement semble particulièrement frileux à sa mise en application. Selon le ministre de l’Agriculture, l’aide pourrait représenter 50 à 60 euros par mois mais la forme n’est pas encore arrêtée. En outre, le gouvernement a d’ores et déjà prévu de tripler « la prime Macron », versée aux salariés au titre des résultats et plancherait sur une baisse des charges pour les indépendants ainsi que sur le dégel du point d’indice de la Fonction publique.

Bref, une série de mesures présentées comme palliatives mais qui au regard notamment de la hausse généralisée des prix - qui touchent les plus précaires pendant que les CAC40 verse des dividendes historiques - s’apparente plus à une forme de provocation. Pire, le gros de l’opération consisterait à nouveau à contenir les prix pour les mois à venir, puis à répercuter cela sur des factures futures. Ces mesures « auto-financées » finiront finalement par se répercuter sur les consommateurs un jour à l’autre. La hausse est en réalité différée, ce qui ne change pas grand-chose au pouvoir d’achat. En outre, avec le prolongement du « bouclier tarifaire » ce sont à nouveau 4% qui viendront s’ajouter à l’ensemble des autres hausses. Sur ce terrain, Macron prévoirait donc de reporter une fois de plus le coût de la spéculation et des profits records des magnats de l’industrie énergétique sur le budget de l’État, justifiant les attaques à venir.

Avec la crise à venir, la question de la dette publique pourrait bien revenir au premier plan, un prétexte pour faire payer cette crise de l’inflation aux travailleurs. En effet, en raison de la croissance de l’inflation, la Banque centrale européenne pourrait bien augmenter ses taux d’intérêts faisant ainsi pression par ricochet sur les dettes publiques des États. « Et elle pourrait dans le courant de l’année augmenter ses taux d’intérêt pour la première fois depuis des lustres. Un changement de cap majeur que les marchés financiers ont déjà anticipé. Le taux d’intérêt des obligations d’État françaises a déjà grimpé de 0,2% en janvier, atteignant 1,40% aujourd’hui. A bas bruit, la parenthèse bénie de l’argent gratuit est en train de se refermer » note l’Express.

Autrement dit, il va falloir faire des économies ailleurs, et accélérer le projet de guerre sociale promis pendant la campagne. Selon le Journal du Dimanche toutes ces mesures feraient exploser la dette publique qui atteindrait 113,5% à la fin de l’année. Pour compenser, Capital avance qu’Emmanuel Macron miserait notamment sur le recul de l’âge de départ à la retraite et l’allongement du temps de travail.

Sur la question des salaires enfin, alors que le décalage entre salaire et inflation s’impose de plus en plus comme une question centrale, l’exécutif devrait une nouvelle fois batailler en touche et ne proposer -comme cache misère- qu’une revalorisation de la prime Macron. La mesure aurait le double avantage pour la macronie de brosser dans le sens du poil le patronat en préservant ses profits, et de circonscrire ses investissements dans le temps court.

Face à l’aumône promise par Macron, la réponse se trouve une nouvelle fois du côté des travailleurs qui multiplient les grèves pour les salaires depuis des mois. Dans le secteur de l’aéronautique à l’usine Mecachrome, les salariés sont en lutte depuis trois semaines pour exiger l’augmentation de leurs salaires d’au moins 7%. De même chez le sous-traitant d’Airbus 3A, les travailleurs font grève pour mettre la pression sur les NAO et arracher une hausse des salaires.

Alors que le coût de la vie pourrait être l’étincelle de grandes explosions sociales dans les mois à venir, il est fondamental de travailler à la construction d’un plan de bataille et d’un programme à même de rassembler les forces de toute notre classe dans la lutte. Un tel plan de bataille devrait partir de la réalité concrète des luttes en cours, en s’appuyant directement sur les grèves existantes et en tentant de les renforcer au maximum. Pour cela il faut des revendications qui valent la peine de se battre. A commencer par :

  • La hausse immédiate des salaires de 300 € minimum,
  • Le rétablissement de l’indexation des salaires sur l’inflation,
  • Le gel des prix des produits de première nécessité, mais aussi des loyers et des services essentiels comme le gaz et l’électricité,
  • La mise en place de comités de contrôles des prix pour mesurer par nous-mêmes l’inflation réelle que nous subissons,
  • La hausse immédiate et l’indexation sur l’inflation de toutes les pensions, pour s’unir avec ceux qui ne travaillent pas ou ne travaillent plus.


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