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Guerre en Ukraine : inversement ou accélération des tendances au « désordre mondial » ?

La guerre en Ukraine est venue bouleverser l'ordre mondial, et tend à accélérer des tendances politiques déjà à l'oeuvre : déclin de l'impérialisme américain, défi de la Chine, perturbations des relations inter-étatiques, qui marque un pas de plus vers l'affrontement entre puissances.

lundi 4 avril

Crédits photo : AFP - Fadel Senna

Dans El imperialismo en tiempos de desorden mundial [L’impérialisme dans une époque de désordre mondial, NdT] (Ediciones IPS, 2021), nous avons discuté de certaines des principales tendances qui caractérisent l’impérialisme aujourd’hui. Parmi elles, le déclin de la puissance américaine, le rôle perturbateur pour les relations interétatiques joué par Trump à la présidence des États-Unis, et le défi de la Chine. Ce sont là quelques-uns des éléments de la tendance au « désordre mondial » ou au « chaos systémique », comme l’ont défini certains des auteurs évoqués dans l’ouvrage. La guerre en Ukraine, dont l’issue reste ouverte, accélère-t-elle la tendance précédente ? Ou bien redéfinit-elle l’ensemble du scénario et fixe-t-elle de nouvelles orientations ?

Les illusions d’un atlantisme rechargé

Plus d’un mois après le début de la guerre, un climat d’euphorie triomphaliste imprègne la vision de la plupart des grands médias et des centres de décision américains. La réalisation des prédictions faites presque seul par Biden sur l’invasion russe, la capacité à mobiliser rapidement les pays de l’OTAN pour qu’ils répondent par des sanctions économiques sévères, sans précédent et bien supérieures à ce qui avait été prédit auparavant, et enfin l’enlisement de l’armée russe - qui, dans les bilans réalisés par le Pentagone, est lié autant aux faiblesses et aux diverses erreurs de la Russie qu’à l’aide que l’Ukraine reçoit depuis 2014 en matière de formation et de matériel militaire - ont conduit à l’optimisme sur l’issue du conflit. L’euphorie a conduit Biden à soutenir, en Pologne, que Poutine ne peut plus rester au pouvoir. Une phrase dont certains de ses collaborateurs ont cherché à contextualiser et à relativiser le sens, mais que le président américain n’a pas retirée à ce jour.

La décision Russe d’envahir l’Ukraine a permis aux États-Unis de forger une unité de vues au sein du bloc atlantiste, qui n’avait pas été observée depuis le lendemain du 11 septembre 2001. La détermination de l’Europe en matière de sanctions économiques a été déterminante et les États-Unis ont eu le luxe de se mettre en retrait et de laisser leurs alliés prendre la tête du mouvement. Si la dépendance de l’Europe à l’égard de l’énergie russe aurait pu laisser présager plus d’hésitation ou d’ambivalence, les États-Unis ont resserré leurs rangs avec force. On peut également noter les mesures prises pour accélérer l’arrivée d’armements européens en Ukraine et l’orientation de l’Allemagne vers une augmentation de ses dépenses militaires [1] qui ont complété la réponse du bloc à l’agression russe.

Après quatre années de présidence Trump et de son « America First » au cours desquelles il a cherché à mettre les États-Unis sur une voie qui se situait entre le désengagement et la dépassement des institutions centrales avec lesquelles les États-Unis avaient cimenté leur domination depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Biden est entré en fonction en promettant un retour des États-Unis à leur position de leader du « monde libre ». Seulement, sa première année de mandat avait été marquée par la débâcle en Afghanistan, mettant en évidence la continuité d’une tendance à la détérioration sensible de la puissance impériale des Etats-Unis. Par rapport à ce point de départ, la situation actuelle apparaît comme un progrès clair pour l’impérialisme américain.

Après la débâcle en Afghanistan, les revers de l’armée russe sur le terrain ukrainien ont également de quoi réjouir le Pentagone, selon des médias tels que le Washington Post, qui s’appuie sur les positions de différents responsables. Une analyse probablement excessive au regard des revers qu’ont accumulé les États-Unis lors de leurs dernières aventures militaires d’envergure.

Face à cette situation, la tendance (non linéaire mais nette) au déclin de la puissance américaine que nous soulignions avant la guerre est-elle en train de ralentir ou de s’inverser ?

Ce serait tirer une conclusion trop hâtive. Bien sûr, l’issue finale de la guerre joue un rôle déterminant dans cette question. Pourtant, le fait même que la Russie ait lancé un tel défi à l’ « ordre fondé sur des règles » que les États-Unis prétendent défendre devrait nous inciter à être sceptiques quant à l’affirmationselon laquelle le déclin américain est en train de s’inverser. D’autres limites claires s’opposent à cette affirmation. Voyons cela.

La réponse actuelle des États-Unis et de l’OTAN exclue toute participation directe au théâtre de guerre. Ils ne jouent un rôle que par le biais de l’assistance à l’armée ukrainienne, en calibrant à chaque moment leur action de manière à rester en dehors de ce qui pourrait être pris par la Russie comme une agression militaire, pouvant justifier des actions militaires au-delà de l’Ukraine (ce qui semble difficilement réalisable par les forces russes ). Pour l’impérialisme américain et ses alliés, cette intervention sans forces sur le terrain a l’avantage d’éviter l’usure que représente l’effort de guerre. Mais cela limite également la capacité à influencer l’issue du conflit. Les sanctions causeront de graves perturbations sur l’économie russe, qui se feront sentir pendant une longue période, mais elles ne garantissent pas que les objectifs militaires du Kremlin seront modifiés.

D’autre part, l’UE et les États-Unis ont échoué à entraîner de nombreux pays, - y compris les principaux acheteurs de matières premières russes comme l’Inde -, dans la mise en place de sanctions. Ils n’ont même pas été accompagnés par Israël, piller central de l’impérialisme américain au Moyen-Orient (bien qu’en ce moment ils soient opposés par la question de l’accord nucléaire avec l’Iran) du fait du rôle que joue la Russie au Moyen-Orient et spécifiquement en Syrie. Comme l’a souligné à la BBC Natan Sachs, expert israélien en politique étrangère de la Brookings Institution : « la Russie permet à Israël de mener des opérations militaires spécifiques à l’intérieur de la Syrie pour contrer la menace du Hezbollah ».

Parmi les pays qui ne se sont pas joints aux sanctions occidentales, il n’y a rien moins que la Chine, qui depuis le début du conflit s’est prononcée « pour la paix » mais sans prendre de mesures pour mettre en cause son allié. Face à la déconnexion partielle de la Russie du système de paiement international SWIFT, le CIPS chinois est apparu comme une alternative. S’il est vrai que les entreprises chinoises ne veulent pas être exposées - comme Huawei dont la directrice financière, Meng Wanzhou, a été arrêtée au Canada en 2018 au motif que l’entreprise avait effectué des manœuvres pour contourner les restrictions imposées par les sanctions contre l’Iran - le géant asiatique n’a aucune motivation à se détacher de la Russie et jouer le jeu des États-Unis, qui représentent pour lui une menace. Mais la Chine n’a pas non plus l’intention de s’exposer à des sanctions, même si elle sait que les appliquer à son encontre serait d’une toute autre ampleur, et beaucoup plus coûteux qu’à l’encontre de la Russie, pour les impérialismes occidentaux. Leur commerce est en effet complètement lié à celui de la Chine dans tous les domaines, et pas seulement dans celui des matières premières et des carburants comme c’est le cas de la Russie. Selon l’évaluation d’Alexander Gabuev du Carnegie Moscow Center, « la Chine fait tout ce qui est légitime et hors de portée des sanctions américaines », tout en se préparant à aider rapidement la Russie à se redresser dans l’après-guerre dans le cas d’un éventuel assouplissement ou une levée des sanctions à terme.

Ajoutons que les mesures prises à l’encontre de la Russie génèrent un effet rebond qui frappe les pays qui les appliquent, notamment l’UE. Alors que les États-Unis profitent de la situation en nouant des accords juteux avec leurs partenaires de l’OTAN, comme la vente de gaz liquéfié à un prix bien plus élevé que le gaz russe, les pays de l’UE ont probablement déjà atteint un seuil face auquel il est très dangereux de poursuivre l’escalade. L’inflation qui était déjà en hausse - en raison des mesures prises en 2020 pour contenir la crise pandémique et de la perturbation des chaînes de production mondiales - est alimentée par l’augmentation des prix des denrées alimentaires et du pétrole, qui sont poussés à la hausse par la guerre elle-même, mais aggravés par l’effet des sanctions sur l’approvisionnement. Si les États-Unis et l’UE se sont laissé la possibilité d’appliquer des sanctions encore plus sévères si Poutine continue à durcir ses actions militaires, les effets sur l’économie mondiale que cela entraînerait pourraient les en dissuader.

Enfin, la solidité du bloc atlantique pourrait commencer à s’effriter à mesure que la guerre s’éternise. Après des décennies au cours desquelles la divergence d’intérêts et de perspectives entre les États-Unis et leurs alliés européens est devenue de plus en plus apparente - face à l’invasion de l’Irak, à l’après-crise de 2008 et à ses suites européennes avec la crise de la dette dans la zone Euro, ou lors des affrontements répétés sous l’administration Trump - il n’y a pas de retour facile à la "case départ". La dépendance énergétique à l’égard de la Russie s’est avérée dès le départ un risque inhérent au coup économique porté par les sanctions, qui ne fera que s’exacerber e à mesure que le conflit s’éternise. Comme l’avertit l’éditorialiste du Financial Times Gideon Rachman, « le danger c’est que la Russie parvienne à poursuivre le combat pendant de nombreux mois », tandis que « les effets de la rupture économique avec Moscou commenceront à se faire sentir de manière beaucoup plus aiguë en Europe sous la forme d’une hausse des prix, de pénuries d’énergie, de pertes d’emplois et de l’impact social lié à la tentative d’absorber jusqu’à 10 millions de réfugiés ukrainiens ». Au fur et à mesure que la pression économique augmentera, Rachman prévient que « l’unité occidentale pourrait se fracturer, créant des pressions contradictoires sur les dirigeants politiques ». Ajoutons que l’industrie allemande, qui, depuis la mise en œuvre par le gouvernement de Gerhard Schröder du programme de réforme néolibéral, connu sous le nom d’Agenda 2010 entre 2003 et 2005, s’est efforcée de se restructurer et de devenir compétitive en s’en prenant aux acquis de la classe ouvrière allemande, ne sacrifiera pas facilement une partie des avantages qu’elle a acquis en acceptant indéfiniment l’achat d’une énergie plus chère provenant de gisements alternatifs à la Russie. Cela ferait en effet augmenter ses coûts et évincerait les produits « made in Germany » des marchés mondiaux.

Pour Rachman, les risques pour l’unité d’action du bloc impérialiste occidental ne résident pas seulement dans ces divergences, mais aussi dans la possibilité que, dans la chaleur de ces débordements économiques qui préexistaient à la guerre mais sont infiniment aggravés par elle, se crée un « terrain fertile pour la résurgence de populistes comme Donald Trump aux États-Unis, Marine Le Pen en France ou Matteo Salvini en Italie, qui ont tous été des admirateurs de Poutine par le passé ». L’image du consensus entre les États-Unis et l’Union européenne pour répondre à l’invasion de la Russie ne peut donc pas être considérée comme la fin du film.

Russie : triomphe à la Pyrrhus ou défaite retentissante ?

Poutine a lancé l’« opération spéciale » en Ukraine confiant, selon toutes les sources, dans la réussite rapide de ses objectifs. Rien ne prouve qu’il avait l’intention de conquérir plus de territoire que l’Est du pays, où vit la population russophone et où se trouve une grande partie des ressources énergétiques de l’Ukraine. Mais ces revendications territoriales limitées s’accompagnaient, selon les déclarations officielles du début de la campagne, de l’aspiration à un changement de régime en Ukraine, sous couvert de « dénazification », et à assurer la neutralité future de ce pays, en faisant avorter toute adhésion à l’OTAN (qui n’était pas une perspective immédiate, au-delà des déclarations du président ukrainien en faveur d’une avancée vers celle-ci). Il y avait très probablement deux calculs importants dans la stratégie du Kremlin qui se sont révélés faux : que la résistance ukrainienne serait faible, et que la réponse des États-Unis et de l’UE en termes de sanctions serait limitée, dans la lignée de celles appliquées depuis l’invasion de la Crimée en 2014.

Un mois après le début de la guerre, la Russie a annoncé une modification de ses objectifs, dissimulée derrière l’idée que les objectifs de la "première étape" de la guerre avaient été atteints. Sur cette base, la Russie va maintenant se concentrer sur l’occupation de l’Est du pays. Si les bombardements sur le reste de l’Ukraine se poursuivent depuis, ils permettent de masquer les difficultés afin de mettre en scène une sortie réussie, même si aujourd’hui la perspective d’un « changement de régime » pour imposer un gouvernement plus favorable à la Russie semble beaucoup plus lointaine. Comme l’observe avec une certaine ironie l’analyste américain George Friedman : « Le drame, c’est que l’accord en discussion semble être le même qu’au départ. Les Russes affirment désormais que leur seule intention dans la guerre était de sécuriser la région orientale du Donbas, et non d’occuper l’Ukraine. Entrer en guerre pour cela semble inutile, car une grande partie de la région du Donbas est sous le contrôle informel mais très effectif de la Russie depuis les événements de 2014. Il s’agit d’une région dominée ethniquement par des Russes et, bien que l’Ukraine soit mécontente de l’occupation du territoire ukrainien, elle n’était guère en mesure de défier sérieusement la Russie. Ce qui rendait les affirmations russes douteuses, bien sûr, c’était les colonnes de chars qui se dirigeaient du sud de la Biélorussie vers Kiev, entre autres. Ils semblaient faire la guerre à l’Ukraine en général et ne pas simplement formaliser le contrôle d’une zone qu’ils contrôlaient déjà. Leurs demandes seront probablement plus extrêmes, exigeant le contrôle du territoire situé entre le Donbas et la Crimée, s’emparant ainsi du sud-est de l’Ukraine. Mais comme je l’ai dit, ils ont mené une guerre conçue avec des ambitions encore plus vastes [...] La tragédie est qu’il a fallu des milliers de morts pour nous amener au point où tout a commencé [2]. »

En lançant cette « opération spéciale », Poutine a lancé un défi sans précédent à la prétention des États-Unis de définir, avec leurs alliés, quelles opérations et occupations militaires sont légitimes ou d’être le seul pays à pouvoir exécuter des opérations qui n’ont pas le soutien du Conseil de sécurité des Nations Unies ou de son assemblée sans en subir les conséquences, comme ce fut le cas de l’Irak. Le calcul de la Russie était de défier les avertissements des États-Unis et de l’OTAN, et de surmonter les conséquences économiques des sanctions pendant la conflagration, le temps d’atteindre ses objectifs militaires, en forçant une levée des sanctions une fois le conflit terminé. S’appuyant sur l’expérience de 2014, elle s’était préparée à supporter les conséquences économiques des sanctions comme elle l’avait fait à l’époque, et disposait d’amples réserves de 640 milliards de dollars. La Banque centrale russe a perdu l’accès à près de la moitié de ces fonds à la suite du gel imposé par les sanctions.

L’issue de la guerre est ouverte et, malgré des avancées, le résultat des négociations reste incertain. Les États-Unis et leurs alliés européens parient sur le fait que la combinaison de la résistance ukrainienne et des sanctions produira un maximum d’usure et obligera Poutine à plier, obtenant ainsi beaucoup moins que ce qu’il espérait. Mais au-delà des coûts beaucoup plus élevés que prévu auxquels la Russie a dû faire face sur le terrain et en termes d’impacts économiques - bien que sa monnaie ait repris de la valeur après les mesures prises pour facturer les exportations de gaz et de pétrole en roubles - et de la modération de ses ambitions initiales, le résultat pourrait être très différent du piège catastrophique que certains éditorialistes occidentaux décrivent pour Poutine et son régime.

D’autres points de vue, plus sobres, reconnaissent qu’il ne peut guère y avoir d’autre voie que celle de la négociation avec la Russie. Comme Thomas Graham et Rajan Menon avertissaient dans Foreign Affairs il y a quelques jours : « Il n’y a pas de voie évidente vers une victoire rapide et nette sur la Russie. Face au risque de déclencher une guerre nucléaire, les États-Unis et leurs alliés ont rejeté la possibilité d’une intervention militaire directe pour défendre l’Ukraine. Les armes occidentales qui affluent en Ukraine viendront ajouter aux pertes déjà considérables de la Russie en soldats et en armements, mais Poutine semble prêt à en accepter le coût si c’est ce qu’il faut pour soumettre les Ukrainiens [...] Si l’Ukraine et ses soutiens occidentaux ne sont pas en mesure de vaincre la Russie dans un délai raisonnable, ils disposent d’un levier pour faire avancer les négociations  ».

Remettre en question l’ordre international, faire progresser les objectifs territoriaux en Ukraine et ne pas rester dans un isolement total, mais faire partie d’une sortie négociée, c’est peut-être moins que ce que Poutine espérait initialement, mais ce n’est en rien une défaite sur toute la ligne. Ainsi, alors que les stratèges de l’OTAN aspirent à ce que la Russie sorte de la guerre en bien pire état qu’elle n’y est entrée, la tâche représentée par ce défi posé à l’ordre impérialiste par une puissance "révisionniste" (comme les journaux des think tank occidentaux ont tendance à la définir en raison de l’opposition de la Russie à Washington), pourra difficilement s’effacer.

Un pas de plus vers l’affrontement entre puissances

Si la guerre en Ukraine n’est pas encore un affrontement militaire direct entre grandes puissances, elle marque un rapprochement dangereux dans cette direction. Et tout comme les États-Unis, même en pleine escalade, n’ont jamais perdu de vue le fait que le terrain où se règlent les questions stratégiques cruciales pour leur domination n’est pas l’Europe de l’Est mais l’Asie, Pékin suit de près le déroulement de la guerre en Ukraine, avec un œil sur ce que pourraient être les scénarios d’un hypothétique conflit sur Taïwan. Comme le souligne Ho-Fung Hung dans un récent débat, la façon dont la Russie se sortira de ce conflit pourrait s’avérer déterminante pour la feuille de route de la Chine dans la poursuite de ses revendications sur Taïwan.

La revitalisation du bloc atlantique, malgré les faiblesses et les contradictions notées ci-dessus, est un avertissement pour la Chine et un signal favorable aux États-Unis dans ce conflit stratégique. Vendredi dernier, Xi Jinping a été averti lors d’un sommet vidéo avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel, que la Chine subirait des représailles si elle aidait Moscou, ce à quoi le dirigeant chinois a répondu en exhortant l’UE à rompre avec la "mentalité de la Guerre Froide" et à agir indépendamment des États-Unis. Bien sûr, rien n’est joué, et bien qu’il y ait des secteurs "globalistes" dans l’establishment américain qui se battent pour cet alignement, la guerre et les débordements économiques qu’elle va aggraver pourrait renforcer des secteurs plus en phase avec la ligne de Trump, qui visait une autre articulation, cherchant même à se rapprocher de la Russie pour aller contre la Chine.

Pour revenir à la question posée au départ, la tendance au désordre mondial opère un saut qualitatif avec cette guerre. Malgré les apparences immédiates, la revitalisation du bloc atlantique n’aura pas nécessairement une longue vie. Ce qui est certain, c’est que nous nous rapprochons un peu plus des confrontations auxquelles l’impérialisme américain se prépare depuis longtemps avec la puissance orientale montante.

Notes :

[1] Si cette dernière sert pour l’instant les forces de l’OTAN, bien qu’il s’agisse d’un premier pas vers la récupération d’une marge de manœuvre propre dans ce domaine, dont celle-ci est privée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

[2] Mais il y a aussi ceux qui supposent que l’objectif était dès le départ limité au Donbas, et que la campagne plus large visait à vaincre la résistance ukrainienne. Cependant, cela semble être une stratégie excessivement coûteuse pour des objectifs aussi limités que ceux-là, aussi appétissants soient-ils.

Traduction Flo Balletti



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