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Notre classe

Contre la vie chère et l'autoritarisme sanitaire

Guadeloupe : malgré la répression et les manœuvres de division, la mobilisation continue

Depuis maintenant plus de deux semaines, la Guadeloupe se révolte contre la gestion sanitaire coloniale subie depuis le début de la pandémie, avec notamment l’instauration de l’obligation vaccinale pour certaines professions, mais aussi contre la vie chère, la pauvreté, l’insalubrité et pour une vie plus digne. Face à cette mobilisation, le gouvernement répond par la répression et les manœuvres de division du mouvement.

mercredi 1er décembre 2021

Crédits photo : AFP / Christophe ARCHAMBAULT

Depuis maintenant plus de deux semaines, la Guadeloupe se révolte contre la gestion sanitaire coloniale subie depuis le début de la pandémie, avec notamment l’instauration de l’obligation vaccinale pour certaines professions, mais aussi contre la vie chère, la pauvreté, l’insalubrité et pour une vie plus digne. Samedi dernier, des manifestations ont d’ailleurs réuni des milliers de personnes dans différentes villes à l’appel des « mouvman kiltirel », groupes de carnaval militants proches du LKP comme Akiyo, et d’organisations du LKP.

Face à la mobilisation le gouvernement répond par la répression

Face à cette situation, la réponse du gouvernement est essentiellement passée par la répression avec l’instauration d’un couvre-feu et l’envoi d’une cinquantaine d’agents du RAID et du GIGN, que 70 gendarmes et 10 militaires du GIGN sont récemment venus renforcer. En effet, si le gouvernement tente de faire croire à un retour à « l’ordre républicain » calme et progressif, c’est bien par la violence que sont évacués les barrages comme le montre une vidéo publiée mardi dans laquelle on peut voir des personnes se faire gazer par des CRS.

A cette violence des forces de police, s’ajoute la répression judiciaire qui s’abat arbitrairement sur des individus soupçonnés d’être liés de près ou de loin au mouvement. Ainsi, dans un média local, Me Gelabale et Me Tacita dénoncent la mise en détention provisoire avant comparution immédiate de leur client soupçonné d’avoir été aperçu sur un barrage : « C’est une décision gravissime et politique. Aucun motif valable n’a été donné pour cette détention. [...] Cet homme n’a aucun casier judiciaire et sa femme est malade. Il va passer la nuit en prison au lieu d’être auprès d’elle. »

En Martinique également, la répression est de mise, à l’image de la tentative d’évacuation du port de Fort-de-France ce mercredi matin. Cet arsenal de répression est appuyé par les manœuvres du gouvernement qui utilise chacune de ses interventions médiatiques pour tenter de décrédibiliser et de diviser le mouvement.

Le gouvernement tente d’ouvrir la voie aux négociations tout en divisant le mouvement

Pendant qu’il réprime, le gouvernement veut ouvrir la voie aux négociations tout en montrant les muscles et en cherchant à diviser le mouvement. En ce sens, le gouvernement a commencé dans un premier temps à manœuvrer en repoussant l’obligation vaccinale au 31 décembre pour la Guadeloupe et les Antilles, en annonçant que le cancer de la prostate deviendrait une maladie professionnelle pour les travailleurs intoxiqués au chlordécone, en annonçant 1000 emplois aidés mais aussi en expliquant être prêt à discuter de « l’autonomie » de la Guadeloupe. Autant de manœuvres pour tenter d’esquiver les questions profondes soulevées par la mobilisation.

Une fois en Guadeloupe, Sébastien Lecornu, a choisi de montrer les muscles, en mettant la pression sur le Collectif des organisations en lutte. Comme il l’a pointé dans un communiqué, le ministre des Outre-mers a en effet refusé d’échanger après que les dirigeants des organisations aient refusé d’accepter de « condamner sans ambiguïté les violences commises ces derniers jours aux Antilles. » Quelques heures plus tard, le ministre a à nouveau essuyé un revers. Les élus guadeloupéens qu’il devait rencontrer ont finalement refusé de le faire. Ces derniers ont considéré l’attitude du ministre et son communiqué qui affirmait « que la plupart de ces revendications contenues dans ces documents concernent les compétences des collectivités territoriales » comme un affront, de même que l’absence d’une délégation interministérielle.

Après avoir conclu sa visite par l’annonce de nouveaux renforts répressifs, Lecornu a en revanche pu rencontrer l’intersyndicale en Martinique. Celle-ci, qui avait déjà condamné les violences et appelé à la levée des barrages la semaine précédente, a en effet accepté de négocier, malgré la présence de manifestants scandant « Nou pa vini pou negossié » avant la réunion. Un échange centré sur l’obligation vaccinale, dans lequel Lecornu a cherché a ouvert la voie à un assouplissement de l’obligation vaccinale. « Le ministre a bien compris que notre spécificité doit être prise en compte dans cette question d’obligation vaccinale » a ainsi expliqué Bertrand Cambusy, porte-parole de l’intersyndicale et secrétaire général de la CSTM à la sortie de la réunion.

Le gouvernement veut diviser le mouvement, il faut refuser les négociations et l’élargir !

En Guadeloupe comme en Martinique, le gouvernement cherche ainsi à amener les directions du mouvement à la table des négociations. Une logique dont l’exigence de condamnation des violences et des actions menées par la jeunesse des deux îles est le corollaire, pour diviser le mouvement et légitimer la répression des franges les plus radicales. Dans le même temps, le gouvernement ne promet rien moins que des miettes, très loin des revendications exprimées dans les plateformes programmatiques mais aussi par les manifestants sur les barrages qui dénoncent non seulement l’autoritarisme sanitaire, mais la vie chère et les difficultés structurelles en Guadeloupe et en Martinique.

Une logique de division qu’il entretient également en opposant la Martinique et la Guadeloupe, mais aussi sur le terrain de la vaccination. Sur ce plan, le ministre a ainsi tenu à remercier les soignants qui « se sont acquittés de cette obligation prévue dans la loi de la République et qui font vivre ce service public de santé ». Cette méthode qui consiste à monter les vaccinés contre les non-vaccinés et à rendre ces derniers responsables de la situation sanitaire a déjà été largement utilisée par le gouvernement. Dans le cadre de la crise sociale en Guadeloupe, elle permet d’orienter le débat sur un terrain qui divise, du fait de la confusion qui peut encore exister autour de la vaccination. Ce faisant, elle occulte les revendications qui portent sur la gestion autoritaire de la crise sanitaire et sur les conditions sociales et économiques dramatiques aux Antilles qui elles, sont partagées par une majorité de la population.

Pourtant, malgré ces tentatives de division du mouvement, encore récemment par la voix du Ministre de l’intérieur qui affirmait que « la grande majorité des guadeloupéens ne soutiennent pas ces mouvements de contestation de casseurs qui s’en prennent à des policiers et des gendarmes », force est de constater que celui-ci se maintient après plus de deux semaines en Guadeloupe et une semaine en Martinique. Ainsi, alors que mercredi matin la Préfecture annonçait avoir dégagé de nombreux barrages en Guadeloupe, Canal 10 précisait que des blocages persistaient « à Mare Gaillard Gosier, Perrin aux Abymes, Marieulle à Morne à l ‘Eau, Bouliqui, Grand Bois, Sainte marie de Capesterre Belle Eau, Montebello à Petit Bourg. »

Dans ce cadre, il est urgent que les directions du mouvement cessent de s’en remettre aux négociations comme seul horizon, fût-ce pour élargir le terrain revendicatif, mais travaille à l’élargissement de la mobilisation, en entraînant tous les secteurs dans la lutte et en refusant toute tentative de division, que ce soit par la répression des secteurs les plus radicaux ou par les promesses de négociation qui n’engagent que ceux qui y croient. En effet, en Guadeloupe tout comme en métropole, le gouvernement n’a rien d’autre à promettre que plus de répression et plus de misère sociale. C’est pourquoi il est essentiel que les mobilisations qui ont lieu aux Antilles soient soutenues par l’ensemble des organisations et syndicats ouvriers afin de poser les bases d’une grande mobilisation contre l’autoritarisme sanitaire, et pour une stratégie qui cherche véritablement à en finir avec l’épidémie, les bas salaires et les conditions de travail indignes.




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