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Notre classe

#Grèvedu13janvier

Grève historique dans l’Éduc : Blanquer donne des miettes, il faut poursuivre et élargir la mobilisation !

La mobilisation des enseignants et des personnels d’Éducation de jeudi est sans appel la plus forte depuis 2003, avec le soutien des parents ! Alors que le gouvernement cherche à lâcher des miettes pour calmer la colère, la situation reste inchangée. Une raison de ne rien lâcher, maintenir la mobilisation et d’exiger un plan de bataille pour l’école mais aussi pour entraîner l’ensemble du monde du travail.

vendredi 14 janvier

Une mobilisation historique dans l’Education nationale

Des manifestations dans toute la France, des rassemblements devant les rectorats. Des taux de grève records partout. 62% de grévistes dans le secondaire, 81% dans les vies scolaires, 75% dans le primaire a annoncé la FSU, premier syndicat du secteur de l’Education Nationale. Près de 200 écoles fermées ce matin à Paris, 80% en Seine-Saint-Denis. Et avec cela le soutien de la FCPE et des parents d’élèves, qui organisent, comme à Bobigny, parfois directement les blocages et les mobilisations. L’avis est unanime : la mobilisation est historique. Quoiqu’en disent les chiffres annoncés par le ministère, passablement inexacts et cherchant volontairement à sous-estimer les taux de grève comme le relate Le Monde, le constat est sans appel.

Depuis la rentrée déjà, la colère gronde dans l’Éducation, où les débrayages, les mobilisations, les dépôts de droits d’alerte se multiplient un peu partout. A Provins (Seine-et-Marne), où le Rectorat de Créteil a d’ores et déjà décidé de fermer un lycée « cluster » face à la pression et la mobilisation des enseignants et des parents. En Seine-Saint-Denis, où des personnels de plusieurs établissements se sont réunis en AG inter-établissements dès la semaine dernière. Mardi 11 janvier avait été un premier test de mobilisation aux côtés de l’appel à la grève dans le secteur de la santé. Ce jeudi, ce sont les profs et les personnels d’Éducation qui ont pris massivement la rue.

La diffusion d’un énième protocole dans le Parisien, par Jean-Michel Blanquer, suivi d’une rectification cacophonique par le premier ministre Jean Castex a fini d’irriter les enseignants et les parents d’élèves, épuisés par deux années sous Covid, sans qu’aucun moyen supplémentaire ne soit déployé. Les revendications, au-delà des masques FFP2 et des capteurs de CO2 dans les classes, embrassent plus largement la question d’un manque de moyen évident dans l’éducation. Contrairement à l’Espagne ou à l’Italie, aucune embauche supplémentaire n’a été réalisée en France : pire, ce sont les destructions de postes et l’augmentation de la charge de travail qui se sont déployées depuis ces dernières années dans les établissements scolaires. Ce qui était déjà insupportable (remplaçants en nombre insuffisant, sous-effectif dans les équipes de vie scolaire, au sein des agents de nettoyage, explosion du nombre d’élèves dans les classes…) est devenu proprement une maltraitance institutionnelle pour tous les personnels des établissements scolaires et pour les élèves.

Des miettes pour tenter de calmer la colère

De quoi inquiéter le gouvernement. Rare sont les mobilisations massives à quelques mois à peine des élections présidentielles. L’électorat des enseignants, en partie prisé par LREM, est très largement converti à la rhétorique anti-Blanquer. C’est bien ce qu’a compris Anne Hidalgo, candidate pour le Parti Socialiste, venue en campagne, et huée lors de la manifestation à Paris. Les parents commencent à partager leur détestation du ministre qui fait de leur vie un protocole sanitaire permanent : autotests, file d’attente à la pharmacie, budget pour les masques et inquiétude vive pour la santé de leurs enfants… Bref, la colère face à la situation sanitaire dans l’Education embrase cette fois un large pan de la société. Et c’est bien cette pression qui a poussé le gouvernement a appelé à une réunion, dès ce jeudi soir, avec les organisations syndicales de l’Education. Le ministre de la santé, Olivier Véran, de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, et le premier ministre Jean Castex ont décidé de cette réunion précipitamment.

Après plusieurs heures de discussions, le premier ministre et Jean-Michel Blanquer sont sortis avec des engagements et des promesses (encore en l’air) cherchant à diviser la communauté éducative et renvoyer à l’école celles et ceux dont ils ont craint la colère dans la dernière période : les lycéen.es, les assistant.es d’éducation, et le premier degré. Sur le volet sanitaire, alors même que de nouvelles informations tombent chaque jour sur le variant Omicron et sa contagiosité, le ministre a promis 5 millions de masques FFP2 mais ce principalement pour les maternelles, pendant que les autres élèves et personnels notamment du primaire et du second degré resteront avec leurs masques chirurgicaux eux commandés en masse… En ce qui concerne les purificateurs d’air, le gouvernement s’est engagé à renforcer les fonds des collectivités territoriales refilant le bébé une fois de plus aux municipalités. Des engagements limités et très faibles qui arrivent donc après deux ans de pandémie. Pour ce qui est du protocole ubuesque : tout simplement rien ne change, et notamment sur la question centrale des tests et du traçage.

A la revendication centrale (et historique) des enseignant.es concernant la question des embauches, le ministre a réussi une jolie pirouette, promettant l’embauche de milliers de… précaires : 3 300 contractuels, 1 500 assistant.es d’éducation et personnels administratifs. Une injure lancée à la tête des travailleurs.es de l’éducation qui sont nombreux à travailler avec des contrats cours pour des salaires inférieurs au smic, tout en évitant de poser la question de l’investissement dans la formation et l’embauche en CDI de personnels ! Pour ce qui est du recrutement sur les listes complémentaires dans le premier degré - c’est à dire tous ceux qui n’ont pas été admis au concours de l’an passé -, il reste à savoir combien de personnes ayant passé le concours l’année dernière ont attendu que Blanquer les embauche en plein mois de janvier. Enfin le ministère a laissé entendre être ouvert à repenser voire reporter les épreuves d’évaluation de CP et les épreuves anticipées du baccalauréat. Cependant, aucune précision n’a encore été faite sur ce qui est concrètement envisagé.

La grève paye : il faut poursuivre la mobilisation et l’étendre aux autres secteurs

Cette journée qui s’est terminée à 23h pour le gouvernement et les directions syndicales, et a commencé très tôt ce matin pour les personnels en grève, a montré que « la grève paye ». Pour autant, les déclarations du gouvernement restent largement limitées par rapport à la situation actuelle de l’ensemble du corps éducatif. Alors que les directions syndicales se déclarent pour une grande partie « satisfaites » et entendent se prêter au jeu des concertations bimensuelles promises par le ministre, une façon pour le gouvernement de s’appuyer sur le « dialogue social » pour refermer au plus vite cette crise politique, il est nécessaire d’exiger au contraire un plan de bataille pour renforcer le rapport de force et faire payer au gouvernement son bilan sur le plan sanitaire mais aussi dans la casse des services publics.

Il s’agit en effet, de « battre le fer tant qu’il est chaud », comme on l’entendait ce jeudi dans les AG, pour maitriser le calendrier, les revendications et le plan de bataille. Cela implique notamment de réunir dans tous les établissements des assemblées générales pour ouvrir des discussions sur ces déclarations, convaincre de se remobiliser dès la semaine prochaine – notamment aux côtés des AED le 20 janvier -, et surtout chercher à s’adresser à d’autres secteurs comme la santé et le reste du monde du travail qui lui aussi à tout intérêt à s’organiser pour faire payer au gouvernement sa gestion de crise et ses politiques. Seule manière qu’ensemble nous arrachions ce que l’Education demande depuis plusieurs mois voire années : un protocole sanitaire réellement à la hauteur, des embauches en CDI au niveau des besoins pour l’éducation publique, des demi-jauges dans les classes, des hausses de salaires face aux dix années de gel du point d’indice, la suppression du Bac Blanquer et de Parcoursup ou encore l’annulation des évaluations dans un contexte de deux ans de pandémie, qui condamnent les élèves au tri social pour leur avenir.

Mais plus largement, nous devons chercher à construire et exiger des directions syndicales un plan de bataille pour l’ensemble du monde de travail, dans l’optique notamment de construire une journée de grève interprofessionnelle la plus massive possible le 27 janvier. Nous avons tout à gagner à travailler à cette jonction. Pour-cela, nos revendications doivent aller au-delà de la simple gestion de la crise et de l’école. Nous devons exiger que les services publics ne soient plus sacrifiés au bénéfice des profits des capitalistes, en revendiquant des moyens massifs, avec l’embauche de personnels sous un véritable statut et des augmentations de salaire pour tous les métiers de la « première ligne », aujourd’hui précarisés et dévalorisés. Plus largement, alors que des grèves existent pour les salaires, et que les profits des entreprises explosent, nous devons porter la nécessité d’augmentation de salaires pour toutes et tous. Enfin, une stratégie sanitaire alternative à celle du gouvernement doit être imposée d’urgence, entre les mains des travailleurs et de la population, et plus aux ordres du MEDEF.



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