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Grève historique au Royaume-Uni : les écoles et les transports massivement mobilisés pour les salaires

Ce mercredi, le Royaume-Uni a connu sa plus grosse journée de grève depuis 2011, avec un demi-million de grévistes estimés par les syndicats. Inflation, conditions de travail et attaques contre le droit de grève : la colère ne faiblit pas dans le pays, qui connaît une vague de grèves historique depuis le printemps dernier.

Irène Karalis

1er février 2023

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Crédits photo : OLI SCARFF / AFP

« La plus grosse journée de grèves depuis 2011 » : c’est ce qu’avait promis la fédération syndicale du Trade Union Congress (TUC), qui regroupe les principales forces syndicales britanniques, estimant le nombre de grévistes à un demi-million. Et de fait, c’est une marée de manifestants et de grévistes qui a envahi les rues du pays ce mercredi.

Alors que l’inflation a atteint les 10,5% et que selon les prévisions du Fonds Monétaire International (FMI), le Royaume-Uni sera, en 2023, la seule puissance économique majeure à subir une récession avec une contraction de 0,6% du PIB, les grévistes revendiquent des augmentations de salaire permettant de rattraper l’inflation. Ces derniers dénoncent également le projet de loi du gouvernement visant à mettre en place un service minimal en cas de grève dans les services publics, une atteinte au droit de grève et une « attaque frontale contre les travailleurs et les syndicats » selon les syndicats. Plus largement, c’est un large mécontentement qui s’exprime, notamment contre la dégradation des conditions de travail et de vie de l’ensemble de la population.

Dans les transports et les écoles, la grève est massive. C’est la première fois que les enseignants participent au mouvement en cours depuis plusieurs mois : plusieurs milliers d’écoles sont fermées à l’appel de la National Education Union, le syndicat de l’Éducation nationale, qui a prévu le nombre de grévistes à 100 000. Des organisations de parents d’élèves ont publié un communiqué dans lequel elles expliquent « soutenir » le mouvement et dénoncent « les conséquences d’années de sous-financement. »

Six autres journées de grève sont encore prévues dans l’éducation. Sherell, institutrice, explique auprès de Franceinfo les raisons de la colère : « il y aura d’autres grèves parce que ce gouvernement fait semblant de ne pas comprendre. Ce n’est pourtant pas difficile de voir que l’on ne peut plus payer nos factures. Nous sommes submergés de travail, sous-estimés et sous-payés. »

Au Royaume-Uni comme en France, construire la grève reconductible

Face à cette mobilisation historique du monde du travail au Royaume-Uni, le gouvernement n’a que mépris et fausses promesses à apporter. Lors d’une visite aux travailleurs de la santé ce lundi, le premier ministre Rishi Sunak a ainsi joué la comédie, expliquant : « Je n’aimerais vraiment rien tant [...] qu’avoir une baguette magique et vous payer tous plus. » Se disant « très inquiète » du mouvement, la ministre de l’éducation Gillian Keegan a expliqué qu’il serait « incohérent économiquement » d’augmenter les salaires, avant d’ajouter ce mercredi matin sur Sky News : « Nous avons dit que nous étudierions les futurs salaires, que nous regarderions la charge de travail et la flexibilité que les enseignants demandent. » Le gouvernement a également rappelé les augmentations annuelles, qui sont allées jusqu’à 5% l’année dernière, soit un crachat au visage des enseignants face à une inflation de plus de 10%.

Une nouvelle journée de grève est prévue ce vendredi, tandis que pour la première fois depuis vingt ans, les pompiers ont prévu une première journée de grève. Des grèves sont également prévues chez les infirmières et les ambulanciers, ainsi que chez les douaniers britanniques postés en France pour les vacances de février. La journée de grève historique de ce mercredi s’inscrit dans le retour de la lutte des classes au Royaume-Uni depuis le printemps dernier : rien qu’au mois de novembre, ce sont 467 000 journées non travaillées qui ont été comptabilisées par l’Office national des statistiques, un record depuis 2011. Depuis juin 2022, 1,6 millions de journées non travaillées ont été comptabilisées.

Néanmoins, force est de constater que malgré toute la combativité dont les travailleurs britanniques font preuve depuis plusieurs mois, l’absence d’un plan de bataille conséquent se fait remarquer. À rebours de la construction d’un rapport de force qui puisse faire plier le gouvernement, les principales directions syndicales avaient accepté de rencontrer le gouvernement après l’annonce du projet de loi visant à attaquer le droit de grève. Onay Kasab, responsable national d’Unite, a même expliqué être « venus ici en toute bonne foi », avant d’expliquer que rien n’était ressorti de la réunion. Plus grave encore, le TUC a déjà capitulé sur ce sujet, expliquant qu’il ne chercherait pas à combattre ce projet de loi.

Si la date de ce mercredi a été appelée par le TUC, tout comme en France, où un mouvement historique contre la réforme des retraites est en cours, des journées de mobilisation isolées ne suffiront pas pour faire plier le gouvernement. Plus que jamais, les travailleurs et travailleuses anglaises ont besoin d’un plan qui pose la question de la grève reconductible, seul moyen de faire céder le gouvernement, d’autant plus à l’heure où la crise politique ouverte au Royaume-Uni est loin d’être refermée.


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