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Grève des contrôleurs : « On lutte pour le salaire, la reconnaissance mais aussi pour les usagers ! »

Depuis plusieurs semaines un collectif national d’agents commerciaux à bord des trains, soutenu par arc syndical large, revendique une augmentation du salaire réel et une reconnaissance du métier. Une grève particulièrement suivie du 2 au 5 décembre face à une direction qui reste sourde.

vendredi 2 décembre 2022

Crédits photos : CNA (Collectif National des ASCT) - assemblée générale à Marseille

« On est souvent le dernier maillon de la chaîne, les seuls agents de la SNCF identifiés que les usagers rencontrent lors de leur voyage en train, explique Elsa (les prénoms ont été modifiés), agent commercial à bord des TER à Toulouse. « On est aux premières loges pour constater la dégradation constante du service public de transports : l’augmentation du prix des billets, le manque de matériel, d’agents, les trains bondés, en retard… On est aussi les premiers à subir la colère légitime des voyageurs. »

Et pourtant, ils sont nombreux à le dénoncer, leur travail, qui consiste en priorité à assister le conducteur de train et assurer la sécurité des voyageurs et un service de qualité n’est pas reconnu pas la direction. Sur les TER, de plus en plus de lignes sont EAS (« Equipées Agent seul », c’est-à-dire qu’il n’y a que le conducteur à bord). « L’EAS a des conséquences très graves, explique Elsa. On se souvient tous du train déraillé dans les Ardennes en 2019, où le conducteur lui-même blessé, avait dû sécuriser son train seul, laissant les passagers blessés livrés à eux-mêmes dans la rame. Sans remonter si loin, moi, j’ai déjà dû m’occuper de personnes faisant de graves malaises dans les trains, de jeunes filles victimes de harcèlement… Qu’est-ce qui se serait passé pour ces personnes si je n’avais pas été là ? »

Une grève massive, pour les salaires et la reconnaissance

Sur les TGV et Intercités, les contrôleurs (ou ASCT pour Agent Service Commercial Train) sont indispensables au départ. C’est ce qui explique que la grève de ce week-end impacte aussi fortement les trains longue distance, plus de la moitié étant à l’arrêt entre le 2 et le 5 décembre. Au 1er décembre, la veille de la grève, les déclarations d’intention de grève permettaient de se faire une idée précise du fort taux de mobilisation à SNCF Voyage. Le collectif national des ASCT revendique 99 % de grévistes à Toulouse, 90 % à Bordeaux, 100 % à Hendaye, plus de 80 % dans les résidences parisiennes (Montparnasse, gare de l’Est et gare de Lyon), 92 % chez Ouigo et 95 % sur l’Eurostar.

A l’origine de la colère, comme dans une majorité d’entreprise, c’est la question du salaire. En effet, chez les ASCT, dont les horaires de travail sont très particuliers (horaires décalés, travail de nuit, découchés…), une grande part du salaire est variable et dépend du nombre d’heures passées effectivement à bord de trains ou encore de l’amplitude des périodes travaillées. « On revendique un calcul du salaire selon les mêmes termes que les conducteurs de train, c’est-à-dire une prime avec un plancher d’au moins 700€, versée également durant les congés maladie ou autres interruptions temporaires de travail, explique Paul, contrôleur chez Intercités. Car comme une grosse partie du salaire est variable, constitué par des primes, on est rémunérés à peine au-dessus du SMIC lorsqu’on est en arrêt de travail, et notre retraite n’est pas calculée sur l’intégralité de nos revenus. »

Dans ce sens, le collectif national des ASCT revendique également des améliorations concernant le déroulement de carrière et les éventuels changements de parcours professionnels, ainsi qu’une véritable reconnaissance de leur métier, en termes de rémunération, mais aussi de conditions de travail. Et ce dans le contexte où le groupe SNCF annonce des bénéfices records (plus de 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre 2022 !) et alors même que la direction de SNCF Voyageurs a annoncé de nouvelles augmentations du prix des billets pour les usagers.

Une grève surprise ? 

De France Info à BFMTV les médias dominants se sont empressés de parler d’une « grève surprise », jouant le jeu de la direction de la SNCF qui a refusé d’accéder aux revendications des ASCT et annoncé la grève au dernier moment, alors même que le préavis de Sud Rail et de la CDFT était déposé plus d’un mois à l’avance et que la loi sur le service minimum contraint les agents SNCF à se déclarer grévistes au moins 48 heures avant.

« C’est une grève surprise par rapport au fait que les négociations salariales commencent la semaine prochaine, et que nous avons eu cette fois-ci beaucoup plus de grévistes que les fois d’avant » aurait répondu la direction de la SNCF interrogée par Checknews. En réalité, le taux de gréviste était largement prévisible au vu du mépris de la direction, et la surprise réside plutôt dans les méthodes d’organisation des grévistes. En effet, au même titre que les aiguilleurs au printemps dernier, ou que les agents de certains technicentres, les contrôleurs se sont organisés en dehors des canaux d’organisations traditionnels à la SNCF, avec la volonté de dépasser les clivages syndicaux.

Les cheminots, comme d’autres secteurs du monde du travail, sont de plus en plus nombreux à se coordonner sur les réseaux sociaux pour préparer des mobilisations massives, bien que sectorielles. Les méthodes d’organisation, qui passe bien souvent par Facebook ou WhatsApp, font évidemment penser aux Gilets jaunes, dont la lutte a laissé une empreinte durable sur le mouvement ouvrier. La méfiance vis-à-vis des directions syndicales et la peur de leur « récupération » de la lutte sont d’autres symptômes de cette « gilet-jaunisation » des cheminots.

« Beaucoup de membres du Collectif national des ASCT sont aussi syndiqués, raconte Paul. Mais c’est important d’insister sur le fait qu’il est ouvert aux non-syndiqués également. Certaines organisations, comme Sud Rail et la CFDT qui ont déposé le préavis de grève au début de mois de novembre, ont accepté de mettre leurs outils au service de nos revendications. Mais c’est avant tout aux grévistes eux-mêmes de se saisir de leur lutte ».

Le groupe du Collectif national des ASCT réunit aujourd’hui plus de 3 000 membres, sur les 10 000 contrôleurs en exercice à échelle nationale.

En grève du 2 au 5 décembre… Et après ?

La mobilisation de ce premier week-end de décembre est une réussite : un train sur deux annulé sur le TGV Nord, un sur trois sur le TGV Est, un sur quatre sur l’axe Atlantique, un sur trois sur le TGV Sud-Est, un Ouigo sur quatre, un Intercités sur deux, ainsi que la suppression de tous les trains de nuits. Mais cette grève de trois jours n’est pas l’unique rendez-vous pour les contrôleurs avec d’autres préavis courent durant la période des fêtes.

En effet, l’intersyndicale (CGT, Sud Rail et CFDT) appelle à la grève le 7 décembre, pour les NAO (négociations salariales annuelles) de la SA SNCF Voyageurs, dont dépendent les ASCT. Et le préavis de Sud Rail et de la CFDT, en soutien au collectif des ASCT, couvre également les week-ends de Noël et du Jour de l’An. « La balle est dans le camp de la direction » tranchent les membres du collectif. De nouvelles négociations avec la direction sont prévues à partir du 8 décembre, et c’est en fonction de ce qui sera proposé lors des NAO et de ces nouvelles rencontres entre la direction et le collectif des ASCT que les suites du mouvement seront décidées.

« On devrait profiter des jours qui viennent pour s’organiser concrètement sur le terrain, propose Elsa. Il y a eu des assemblées générales et d’autres rendez-vous pour que les grévistes se rencontrent à certains endroits, comme à Lyon, Bordeaux ou en région parisienne. Ce sont de très bonnes initiatives, qui permettent de se rencontrer au-delà des réseaux sociaux, de voter des actions, de discuter les suites du mouvement et de rompre avec ce qu’on appelle les « grèves canapé ». Ces cadres où les grévistes s’organisent devraient se multiplier partout, et permettre également de se coordonner avec les autres secteurs en lutte pour les salaires et la dignité ! ».



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