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Notre classe

Contre l’inflation

Grève des ATSEM : « Pour eux, des femmes qui s’occupent d’enfants ne méritent pas un vrai salaire »

Les agentes spécialisées des écoles maternelles (ATSEM) étaient en grève ce lundi contre l’inflation et la dégradation de leurs conditions de travail. Après avoir été travailleuses de la “deuxième ligne” lors de la crise du Covid, c’est notamment sur elles que le gouvernement veut faire peser les conséquences de la crise économique. Une de ces travailleuses témoigne pour Révolution Permanente.

samedi 10 septembre

Crédits photo : Radio France - Marion Chantreau

Ce lundi, les ATSEM – agentes spécialisées des écoles maternelles – étaient en grève. Plusieurs rassemblements ont eu lieu dans les principales villes de France. Depuis quelques mois, le collectif indépendant des ATSEM réunit les signatures des travailleuses de la profession dans le but de mobiliser le secteur. Elles revendiquent l’extension de la prime Ségur de 183 euros comme les autres personnels du médico-social, ainsi que la reconnaissance de la pénibilité du travail.

En effet, « les journées peuvent s’étendre jusqu’à plus de 10 heures dans certains cas entre l’école et la garderie le soir » nous raconte Catherine* une ATSEM en grève lundi dernier. Elle explique : « Il faut à la fois préparer le matériel des activités en amont, accompagner les enfants pour qu’ils aillent aux toilettes, faire du ménage… on peut être de garderie le matin et le soir, avec pour la plupart 30 minutes de pause tout en devant garder une posture professionnelle ». Parmi elles, « un certain nombre arrive à la retraite avec des problèmes de santé, comme des problèmes musculo-squelettiques ».

Des travailleuses essentielles précarisées et méprisées

Pendant le confinement, les ATSEM ont fait partie de ces fameux travailleurs en « deuxième ligne », qui ont continué de faire tourner la société aux côtés des soignants qui sauvaient des vies. En effet, pour garder les enfants des soignants et des travailleurs des secteurs essentiels, les ATSEM ont continué à travailler au péril de leur santé : « on ne savait pas trop ce que c’était, on devait nettoyer les portes et les jouets après chaque utilisation en utilisant des produits nocifs pour la santé et en devant s’adapter aux multiples protocoles » témoigne une gréviste.

Un métier essentiel exercé par plus de 99% de femmes et où les travailleuses sont particulièrement exploitées et opprimées. En effet, malgré ce rôle crucial, les agentes spécialisées sont méprisées et invisibilisées par le gouvernement et la commune qui les emploie, qui refuse de leur verser les primes dont bénéficient les soignants et d’autres travailleurs essentiels.

Ainsi, selon Catherine, certaines primes touchées ne dépassent pas 21 euros ! De plus, leurs salaires sont gelés entre 1300 et 1800 euros net, ce qui ne leur permet pas de vivre dignement, d’autant plus en période d’inflation galopante.

Un gouvernement responsable de la précarisation des ATSEM

Dans ce cadre, la grève de ces travailleuses s’élève aussi contre le patriarcat : « Pour le gouvernement, des femmes qui s’occupent d’enfants c’est normal, ça ne mérite pas un vrai salaire ».

Petites mains invisibles de l’Éducation Nationale, les ATSEM doivent en effet non seulement faire face à la dégradation progressive de leurs conditions de travail, mais sont aussi en 1ère ligne de la casse du service public par le gouvernement.

Pour inverser la tendance, « il faudrait qu’on arrive à toutes se mettre d’accord et ne pas venir travailler pendant une semaine ou quinze jours histoire qu’ils comprennent » appuie notre correspondante en grève. Pour cela, il faut un véritable plan de bataille pour l’ensemble du monde du travail, qui tranche avec les journées isolées organisées par les directions syndicales. En effet, pour contrer la politique du gouvernement, il est nécessaire de se coordonner entre secteurs, et de s’unir à la base pour arracher ensemble des hausses de salaire conséquentes face à l’inflation, mais aussi obtenir de meilleures conditions de travail.

*Le prénom a été modifié



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