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Tout augmente sauf les salaires

Grève à Satys Cornebarrieu : « Il y aura un avant et un après »

Tout au long de la semaine dernière, les salariés de Satys Cornebarrieu, boîte de sous-traitance aéronautique, étaient en grève pour la première fois afin d'exiger une augmentation générale de 3% des salaires. Revalorisation des bas salaires, solidarité, expérience de la stratégie patronale et de ses relais parmi les délégations syndicales minoritaires de la boîte : retour sur les acquis des grévistes de Satys.

mercredi 16 février

Crédit photo : Révolution Permanente

Grève chez Satys Cornebarrieu : "En 40 ans, je n’ai jamais vu ça"

C’est suite au mépris de la direction dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO) que les salariés de Satys ont décidé de se mettre en grève pour la première fois. Dès lundi 7h30 sur le piquet, à l’initiative des délégués de la jeune section CGT devenue majoritaire, les grévistes dénoncent les bas salaires qui descendent jusqu’à moins de 11e de l’heure - y compris avec 25 ans d’ancienneté dans la boîte !

Il s’agit aussi de dénoncer des conditions de travail de plus en plus difficiles pour ces salariés spécialisés dans le traitement de surface de pièces aéro : mauvais isolement et manque d’équipement par temps de grand froid ou de fortes chaleurs, pression à la "polyvalence" et augmentation des cadences, tout cela pour des tâches déjà particulièrement agressives pour le corps, comme le sablage ou la peinture industrielle.... "J’aimerais que Satys qui nous a repris il y a quelques années nous reconnaissent pour notre travail, qu’ils regardent les employés avec un autre œil, pour ce qu’on vaut", explique l’un des grévistes à notre micro. "Certes il y a les bureaux mais les petites mains ici, c’est nous. Sans nous, ils ne pourraient pas faire grand chose, la preuve !", lance-t-il en en faisant référence à la production déjà bien ralentie par la grève.

Chaque jour, l’ensemble des grévistes se retrouve pour un piquet combatif, rythmé par des interpellations de la direction au mégaphone. Des salariés d’autres sites de Satys et d’autres boîtes de l’aéronautique, comme Airbus et les Ateliers de la Haute-Garonne, ainsi que des étudiants rendent visite aux grévistes pour les soutenir sur le piquet. Un retraité venu encourager ses anciens collègues répète qu’en 40 ans de travail dans cette boîte, il n’a "jamais vu ça".

Les grévistes décident ensemble des suites du conflit lors des assemblées générales. C’est ainsi que la grève est reconduite du lundi au vendredi, et que les rangs des grévistes augmentent pour atteindre plus d’une vingtaine de salariés. Au final, la pression maintenue sur la direction par la grève l’oblige à lâcher 2,5% d’augmentation générale et 0,2% d’augmentation individuelle, alors même qu’elle avait menacé de re-descendre à 2% si une grève était lancée.

"La direction et les délégations syndicales minoritaires marchent ensemble" : le rôle délétère des délégués FO et CFDT

"Les 3%, on aurait pu les avoir, j’en suis persuadé", explique l’un des délégués syndicaux CGT de Satys, Olivier Gidel. "Mais ça aurait montré que la délégation syndicale majoritaire peut faire basculer les choses, et ça n’aurait pas été au goût de la direction et des délégations syndicales minoritaires, parce que la direction et des délégations syndicales minoritaires marchent ensemble", poursuit-il.

En effet, si la direction a pu tenir tête face aux 3% revendiqués par la CGT, c’est parce qu’elle a pu s’appuyer sur les délégués FO et CFDT qui ont légitimé sa proposition en signant en amont de la grève l’accord à 2,5%. Les manœuvres de la direction pour tenter d’apparaitre comme "ouverte au dialogue", cherchant à diviser les forces syndicales entre "interlocuteurs raisonnables" qui signent à la première proposition d’un coté, et "irresponsables" qui restent campés sur leurs positions de l’autre, ne sont rendues possibles que par la collaboration ouverte de certains délégués syndicaux avec la direction. Cela s’est manifesté durant la grève, au-delà de l’absence très remarquée de FO et de la CFDT sur le piquet malgré de nombreuses interpellations, par la diffusion d’un tract visant à décrédibiliser les grévistes.

Pour les salariés, cette expérience fait écho à ce qu’on a pu voir dans d’autres boîtes de l’aéro, comme chez Derichebourg où FO avait signé l’Accord de Performance Collective (APC) malgré la mobilisation. De même, c’est avec colère que les grévistes évoquent la signature ce lundi 7 février d’une nouvelle convention collective de la métallurgie, par la CFDT, la CFE-CGC et FO au côté de l’UIMM, suite à de longues négociations entamées en 2016. S’attaquant notamment à la rémunération du travail de nuit, ce nouveau texte de loi qui s’appliquera aux 1,6 millions de travailleurs de la métallurgie est largement dénoncé par les salariés.

La grève de Satys montre qu’il est non seulement possible de relever la tête face au mépris des patrons, mais aussi de construire des sections syndicales combattives, attachées à l’auto-organisation et prêtes à accompagner les grévistes selon leur volonté - à l’opposé du syndicalisme-maison bien connu des salariés de l’aéronautique qui sert de courroie de transmission aux directions d’entreprises pour faire passer leurs attaques.

"Il y aura un avant et un après" : une solidarité à toute épreuve

Si les grévistes de Satys n’ont pu aller au bout de leurs revendications à l’occasion de cette première mobilisation, la solidarité qui s’est construite pendant ces cinq jours de grève représente une avancée majeure pour les salariés. "On se disait tous ’bonjour, comment ça va’, mais maintenant on a appris à se connaître et on sait qu’on pourra toujours compter les uns sur les autres", raconte un gréviste à notre micro. "La direction nous voit d’un autre œil.", assure Olivier.

En effet, c’est un acquis sur lequel reviennent tous les grévistes, fiers d’avoir pu mener cette grève reconduite à quatre reprises alors même que chacun pensait être le seul à vouloir se mobiliser, et malgré les coups de pression de la direction et de la gendarmerie. On sent que les liens se sont renforcés dans la chaleur de la grève, et qu’ils seront déterminants pour faire face aux prochaines attaques. "On se doute bien que la direction va essayer de mettre la pression quand les salariés vont retourner dans l’usine. On va y veiller, et si quelque chose ne vas pas on sera là pour défendre les collègues", prévient Olivier, "on a montré que maintenant on sait quoi faire, et on sait comment le faire".

La réalité de la "reprise économique" : un exemple pour l’ensemble du secteur aéronautique

La grève de Satys illustre une fois de plus la réalité de la "reprise économique", loin de l’idylle que dépeignent les politiciens bourgeois et leurs médias. Après de nombreux licenciements et un rattrapage d’autant plus agressif pour les salariés qui se sont déjà serré la ceinture ces dernières années, c’est souvent suite aux NAO jugées décevantes que plusieurs conflits ont éclaté pour revendiquer une augmentation des salaires.

C’est le cas notamment dans le secteur aéronautique qui a été l’un des premiers touchés par la crise dès 2020, comme l’ont récemment illustré la grève chez Dassault, le débrayage chez Safran ou encore la mobilisation chez Derichebourg.

Au-delà du secteur aéro, une vague de grèves continue d’émerger autour de la question de l’augmentation des salaires : Leroy-Merlin, Labeyrie, PSA Poissy, LVMH, ou encore Lustucru... La liste s’allonge de ceux qui relèvent la tête pour exiger une augmentation générale des salaires !

De ce point de vue, la détermination des grévistes de Satys qui se mobilisent pour la première fois a de quoi inspirer l’ensemble des salariés de la sous-traitance aéronautique qui font face aux mêmes problématiques.

Il s’agit également de traduire cette colère qui gronde sur le terrain politique, et d’imposer la revendication de la hausse des salaires et de leur indexation sur les prix au coeur du débat public, à l’heure où la campagne présidentielle est polarisée par la droite et l’extrême-droite. C’est l’un des points fondamentaux du programme d’Anasse Kazib, soutenu par Révolution Permanente pour les élections présentielles, avec la revendication de 300€ d’augmentation pour l’ensemble des salaires et minimas sociaux et d’un SMIC à 1800€ net, avec indexation des salaires sur les prix. Des mesures nécessaires pour construire un rapport de force face au gouvernement et au patronat qui voudraient faire payer la crise aux travailleurs.



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