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Jeunesse

Course à l’armement

Généralisation du service universel et étudiants réservistes pour l’armée : Macron veut mettre au pas la jeunesse

Généralisation du Service National Universel, accroissement du nombre d’étudiants réservistes, hausse des investissements militaires... Dans son allocution de campagne jeudi dernier, Macron rêve de mettre au pas la jeunesse et de la mettre au service de sa course à l’armement pour 2022.

mardi 22 mars

Crédits photos : JEAN-PAUL PELISSIER / REUTERS

Jeudi dernier, le candidat Emmanuel Macron a pour la première fois pris la parole pour annoncer quelques mesures phares de son programme présidentiel. Pendant 1h30 de conférence de presse, le chef de l’Etat a développé un projet de guerre contre les classes populaires allant du report de l’âge de départ à la retraite au conditionnement du RSA en passant par un discours méprisant envers les enseignants.

La jeunesse n’a bien-sûr pas été épargnée. Le Président candidat a en effet insisté sur l’enjeu d’avancer dans l’autonomisation des universités, projet visant à précariser les personnels et réduire encore un peu plus les moyens de l’Enseignement supérieur dans la continuité des lois de 2007 et 2009 qui avaient largement mobilisé à l’époque.

Si Macron veut faire des économies dans les universités sur le dos du personnel et des étudiants, c’est que le gros chantier du prochain quinquennat est celui de l’armée dont il veut augmenter les fonds en profitant de la guerre en Ukraine. Le candidat de l’Elysée a ainsi expliqué vouloir « intensifier » les investissements « pour pouvoir affronter une guerre de haute intensité, qui peut revenir sur notre continent ».

En plus d’augmenter le budget de l’armée pour que celui-ci atteigne 50 milliards d’euros, Emmanuel Macron veut mettre au pas la jeunesse. D’une part, en souhaitant généraliser le Service national universel qui a remplacé la journée d’appel pour les 15-17 ans et consiste en un séjour facultatif d’un mois maximum auprès des forces armées. D’autre part, en encourageant les étudiants à financer leurs études en devenant réserviste pour l’armée en échange de… 2 500 euros par an pendant cinq ans et le financement du permis de conduire. « A côté du militaire, il y a le civil et je souhaite que nous renforcions nos capacités à nous défendre face aux nouveaux risques à travers une mobilisation de la Nation toute entière et une augmentation des réservistes aux côtés des forces de sécurité intérieure » a-t-il expliqué.

Autrement dit, le président candidat veut faire peser sur la jeunesse le coût de sa course à l’armement pour 2022. De toute évidence, la guerre en Ukraine est l’opportunité rêvée pour Macron d’augmenter les moyens de la défense et de l’armée tout en poursuivant les réformes en la matière à destination de la jeunesse. En regrettant qu’il n’y ait pas plus d’étudiants parmi les réservistes et en promettant des miettes aux jeunes qui s’y engageraient, Emmanuel Macron dévoile un cynisme hors-norme où la précarisation des étudiants facilite leur endoctrinement par l’Etat et son armée. Chose qu’il entreprend d’ores et déjà avec le SNU et qu’il vise désormais à généraliser alors que jusqu’en 2020 les lycéens passaient une seule journée avec des militaires - une durée trop courte selon le gouvernement pour avoir un quelconque impact idéologique.

En réalité, les propositions du candidat raisonnent avec ses ambitions militaires depuis 2017 où il avait déjà exprimé son regret quant à l’absence de service militaire obligatoire pour les jeunes. Avec la guerre en Ukraine et la course à l’armement progressif dans le reste de l’Europe, Macron saute sur l’occasion pour alimenter cette surenchère belliqueuse.

Mais plus profondément, le candidat de l’Elysée cherche aussi à répondre à un enjeu idéologique vis-à-vis d’une jeunesse qui refuse de se plier à l’offensive réactionnaire du gouvernement entreprise depuis plusieurs mois et symbolisée par le colloque de Jean-Michel Blanquer contre le “wokisme” à la Sorbonne. En parallèle d’une précarisation accrue des jeunes et de la casse de l’enseignement supérieur avec ses souhaits de fac payante, Macron cherche de mettre au pas la jeunesse alors que celle-ci pourrait prendre part aux futures explosions sociales.



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