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« Qui aurait pu prédire ? »

Exxonmobil avait prédit avec précision le changement climatique depuis 1977

Une enquête de la revue Science révèle que le pétrolier ExxonMobil savait prédire avec précision le changement climatique depuis 1977 et a tout orchestré, pour continuer à se gaver de profits et polluer. Alors que les raffineurs sont de nouveau à l’avant-garde dans la bataille des retraites, il est urgent de s’organiser autour de leur capacité de blocage pour faire face au patronat pollueur.

James Draoust

13 janvier 2023

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Dans une nouvelle enquête de la revue Science, basée sur des notes internes de la multinationale américaine ExxonMobil de 1977 à 2003, des historiens des sciences ont démontré non seulement la connaissance du changement climatique, mais aussi la précision des prédictions climatiques réalisées par les scientifiques de la multinationale. Pour démontrer cette affirmation, ces prédictions ont été compilées et comparées aux mesures réalisées sur l’évolution réelle du changement climatique. Par exemple, l’évolution mesurée des courbes de concentration atmosphérique de CO2 (en bleu) et celle de l’évolution de l’augmentation moyenne de la température (en rouge) suit fidèlement les modèles des scientifiques d’Exxon de l’époque, en noir et blanc ci-dessous :

Parallèlement à la connaissance de cette information, de nombreuses enquêtes montrent aussi les tentatives conscientes d’Exxon d’altération de la vérité et de dissimulation de leurs responsabilités, de 1977 à aujourd’hui. Le tout pour pouvoir continuer à extraire toujours plus de combustibles fossiles et par la même, à accumuler les profits.

Dans un premier temps, Exxon a renié catégoriquement tout changement climatique, avant de participer activement à la « fabrique du doute », en embauchant une armée de scientifiques et de relais médiatiques, pour remettre en cause tout liens scientifiques établies entre hydrocarbures et réchauffement climatique. Par exemple, le collectif Zetkin dans Fascisme fossile revenait sur la création de l’AIE (agence International de l’Énergie) par les industries fossiles pour poursuivre cet objectif :

« L’AIE s’est érigé sur des mensonges. [Le capital fossil] paya des scientifiques prétendument indépendants pour partir en guerre contre la science. Pour gagner en crédibilité, il engagea de vieux hommes blancs enthousiastes, aux carrières scientifiques remarquables-même si c’était dans des disciplines secondaires- pour discréditer les connaissances élémentaires. [...] l’AIE prôna la raison, accusant les climatologues de perpétuer de fausses croyances et des mystifications.".

Exxon a aussi pu compter sur l’appui du gouvernement américain, notamment du gouvernement Bush, qui en 2001 annulait un débat public sur le réchauffement climatique, main dans la main avec des lobbyistes de la multinationale, neuf jours après son investiture.

Lorsque la réalité est devenue trop compliquée à cacher face à l’explosion des effets du changement climatiques, Exxon a entamé des politiques de greenwashing sur des puits de pétrole « bas carbone » ou sur des bio-carburants à partir d’algues. Il se sert de celles-ci pour donner l’illusion que l’entreprise avait pris en compte le changement climatique, tout en continuant à polluer massivement et à augmenter ses capacités de forage sans se soucier des dommages sur les populations et le climat.

De plus, les récentes révélations sur Exxon sont un exemple supplémentaire de la stratégie mise en place par l’ensemble des multinationales fossiles, en collaboration avec leurs Etats respectifs, pour sauvegarder les profits et continuer de détruire la planète de manière irréversible. En guise d’exemple, Total mentait depuis 1971, en adoptant les mêmes stratégies qu’Exxon.

En 2022, dans un contexte de crises multiples et de guerre, ces multinationales ont réalisé 200 milliards de bénéfices record avec l’ambition d’augmenter leurs capacités de forage pour la plupart de ces entreprises comme Exxon, Total, Shell ou BP. De plus, ces sommes ont été partagées avec leurs actionnaires, se gavant sur le dos des raffineurs, sur la surexploitation des ressources naturelles et sur les populations du monde entier.

En France, ce fonctionnement a été remis en cause par les raffineurs, luttant pour leurs salaires et leurs conditions de travail, à l’automne 2022.

Aujourd’hui, alors que la bataille des retraites s’annonce, les raffineurs ont commencé à poser un plan de bataille avec l’horizon de la grève reconductible en tête. Cette perspective pourrait servir de point d’appui à la création d’un mouvement, capable de faire reculer le gouvernement, mais aussi de créer des alliances entre le mouvement écolo et les secteurs stratégiques comme le sont les raffineurs. Une base pour élargir la mobilisation et faire payer ces patrons pollueurs !


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