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Mouvement étudiant

Etat espagnol : les recteurs tentent de coopter le mouvement pour la Palestine, la mobilisation se poursuit

Face à la pression du mouvement étudiant, la Conférence des recteurs a annoncé que les universités allaient « réexaminer » et, si nécessaire, « suspendre » leurs liens avec Israël. Des annonces très limitées pour canaliser les mobilisations étudiantes, qui se poursuivent et continuent de s'étendre.

Alberta Nur

13 mai

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Etat espagnol : les recteurs tentent de coopter le mouvement pour la Palestine, la mobilisation se poursuit

Une mobilisation qui s’ancre dans la durée

A Valence, Barcelone, Madrid, Saragosse, Séville, Euskadi, les étudiants de l’Etat espagnol se mobilisent pour la Palestine. Actuellement on compte une dizaine d’occupations d’universités qui durent, pour certaines, depuis une semaine pour exiger la fin du génocide à Gaza. S’inscrivant dans la vague de mobilisation internationale de la jeunesse étudiante, les campements revendiquent la fin des partenariats de leurs unviersités avec les entreprises qui finançent ou participent au génocide.

Les campements demandent la rupture des accords du gouvernement espagnol avec l’Etat d’Israël. En effet, malgré les affirmations du ministre des affaires étrangères qui, interrogé par la presse, affirmait que le gouvernement espagnol n’avait pas vendu d’armes à l’Etat d’Israel, un rapport, publié le 13 mars par l’Institut de recherche pour la paix, explique que l’Etat espagnol a exporté un total de 1, 48 million d’euros de matériel militaire au cours de l’année 2023. Les deux tiers de ces exportations ont été effectuées en novembre, après que l’Espagne ait prétendument gelé les expéditions en raison du conflit à Gaza.

« Israel assasino Govierno patrocino » (« Israël assassin, Gouvernement complice ») chantent les étudiants partout dans le pays. Les occupations, qui regroupent des centaines de personnes, mobilisent les étudiants, mais également des professeurs et les personnels de l’université, qui prennent part au combat contre le génocide. À Saragosse, les personnels de l’université ont publié un communiqué de soutien à l’occupation et à la mobilisation des étudiants.

Après une semaine de mobilisation, les directions d’universités (que l’on nomme « recteur » dans l’État Espagnol), ont tenté de coopter le mouvement avec la publication d’un communiqué de réaction aux mobilisations.

La tentative de cooptation échoue : le mouvement se durcit

Le communiqué prétend que les universités seraient prêtes à « réexaminer et, si nécessaire, suspendre les accords de collaboration avec les universités et centres de recherche israéliens qui n’ont pas exprimé un engagement ferme en faveur de la paix et du respect du droit international humanitaire ».

Une annonce qui a été rejetée par la majorité des occupations et universités mobilisés. Plusieurs assemblées générales de la mobilisation ont décrié l’annonce des présidents d’universités. À l’Université de Valence (UV), l’assemblée générale a dénoncé le rôle hypocrite des recteurs : « Ces déclarations sont délibérément dissuasives et visent à désamorcer la lutte internationaliste pour la Palestine ».

À l’université de Barcelone, les étudiants et personnels mobilisés ont annoncé, dans un conférence de presse continuer la mobilisation « jusqu’à la rupture effective des liens avec les entreprises et universités complices du génocide ». Ils ont également dénoncé la manœuvre du communiqué des recteurs : « Nous ne nous satisfaisons pas d’une position de statu quo et qui explique qu’il est difficile de tirer des actions qui contribuent à stopper la complicité. Nous exigeons que tous les mécanismes nécessaires soient activés immédiatement pour rompre toute relation avec l’Etat d’Israël et ses institutions ».

Cette semaine, des journées de mobilisation sont organisées partout dans l’Etat espagnol, notamment le 15, a l’occasion de la commémoration de la première Nakba. Dans les différentes assemblées générales qui permettent l’organisation du mouvement, les étudiants cherchent à faire du 15 mai une journée de “grève universitaire” afin d’étendre la mobilisation à plus d’étudiants et personnels. Face à la tentative des directions d’université de faire taire la solidarité de la jeunesse, les différents campements ont déjoué les tentatives de cooptation et préparent la suite de la mobilisation.

Un mouvement qui pointe les contradictions de Sanchez

Le gouvernement de l’Etat espagnol s’appuie sur une coalition social-démocrate qui rassemble la gauche socialiste (PSOE) et SUMAR. Le président, Pédro Sanchez, cherche à gouverner avec des alliances fragiles dans le contexte d’une crise politique par en haut, qui dure depuis des mois.

Sur la question palestinienne, la coalition gouvernementale cherche à être la « gauche de la diplomatie internationale ». A de multiples reprises, Pedro Sanchez s’est positionné en faveur d’un cessez le feu à Gaza, en condamnant les « violations du droit international commises par l’Etat d’Israel ». La résolution adoptée à l’ONU qui plaide pour la reconnaissance d’un Etat Palestinien a été portée, entre autres, par le gouvernement Espagnol.

Les étudiants n’ont pas manqué de souligner l’hypocrisie des positions en apparence progressistes du gouvernement espagnol : tout en plaidant pour un cessez-le feu, le gouvernement Sanchez continue de livrer des armes à l’Etat d’Israël, notamment ces derniers mois Dans ce cadre, les annonces du gouvernement qui se prétend « progressiste » ne sont que des coups de communication car sans embargo sur les armes et l’arrêt des relations diplomatiques le génocide ne s’arrêtera pas, comme le dénoncent les étudiants mobilisés.

La mobilisation de la jeunesse dans l’Etat espagnol témoigne de l’éveil d’une nouvelle génération politique, et rappelle aux analystes du mouvement étudiant le début des mobilisations de la jeunesse qui avaient secoué le pays, nottament en 2011. Victor Lopez, dans le journal Publico explique ainsi que « le spectre du 15-M [e mouvement des Indignés], les manifestations #NoToWar et le mouvement pour le climat influencent les mobilisations actuelles ».

La lutte pour soutenir le peuple Palestinien pourrait ainsi ouvrir vers un élargissement du cahier revendicatif de la jeunesse, à l’instar des dynamiques que l’on peut observer dans d’autres pays, à une échelle internationale. Dans l’Etat espagnol, le fait qu’une partie de la jeunesse se mobilise, en critiquant les faux airs « progressistes » du gouvernement, est un fait nouveau. Jusqu’ici, le stratagème de la cooptation, mobilisé par les présidents d’universités et le gouvernement, ne semble pas éteindre la colère. Les étudiant mobilisés demandent au gouvernement de « passer des promesses aux actes ». Pour élargir le mouvement, les assemblées mobilisées cherchent à faire de la journée du 15 mai une journée de grève pour l’ensemble du personnel des universités. Si plusieurs alliances entre professeurs étudiants et personnels ont déja vu le jour sur les campus, elles doivent être renforcées pour accroître le rapport de force contre les directions d’universités. Si le mouvement s’étend et perdure, cela pourrait contribuer à affaiblir le gouvernement et lui imposer une nouvelle course d’action.


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