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En Kanaky, Macron passe en force contre le droit à l’auto-détermination : solidarité face à l’État colonial !

Avec près de 57% d'abstention, le scrutin de dimanche ne démontre rien d'autre que le refus de l'Etat français de reconnaître aux Kanaks le droit à l'auto-détermination. Solidarité face à ce mépris colonial !

lundi 13 décembre 2021

Crédits photo : AFP

Une mascarade de référendum

Ce 12 décembre, le troisième référendum sur l’indépendance de la Kanaky a donné le résultat prévu : une victoire écrasante (plus de 96%) du « Non » du fait d’une abstention massive. Comme l’indique le Collectif Solidarité Kanaky dont font partie des organisations comme Survie dans un communiqué : « Le troisième referendum prévu par les Accords de Nouméa s’est tenu ce 12 décembre. Tout le monde savait depuis des semaines que la population Kanak, la première concernée, n’y participerait pas. C’est ce qui s’est passé : globalement, le taux de participation a chuté de moitié, passant de 85,69% à 43,9% ; dans la province des Îles, il est de 4,5%, dans celle du Nord de 16,6%. Dans ces conditions, les 96,5% de Non à l’indépendance n’ont guère de sens. »

En effet, ces derniers mois, les organisations indépendantistes appelaient au boycott du scrutin imposé par l’État français en dépit du contexte sur l’île. En octobre dernier, des organisations telles que l’UNI, le Parti Travailliste et l’UC-FNLKS avaient signalé ne pas avoir « transmis de document de propagande à la Commission de contrôle du Haut-Commissariat de la Nouvelle-Calédonie » et donc boycotter le processus référendaire jugé scandaleux et antidémocratique.

Les organisations indépendantistes pointaient notamment la situation des derniers mois, sur une île durement frappée par l’épidémie de coronavirus. Un contexte dans lequel les conditions n’étaient pas réunies pour que les organisations indépendantistes puissent mener une campagne dans des conditions normales. La mise en place d’un couvre-feu puis de l’interdiction d’organiser des rassemblements de plus de 30 personnes ont en effet contribué à l’impossibilité de participer à la campagne pour le referendum de la part des organisations Kanaks. Des obstacles matériels auxquels s’ajoute la période de deuil pour les familles frappées par l‘épidémie.

« Ce soir la France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a décidé d’y rester »

Hier soir, ces éléments qui rendent les résultats du scrutin insignifiants, n’ont pas empêché Emmanuel Macron de déclarer : « Les Calédoniennes et les Calédoniens ont choisi de rester Français. Ils l’ont décidé librement. Pour la Nation entière, ce choix est une fierté et une reconnaissance. Ce soir, la France est plus belle car la Nouvelle Calédonie a décidé d’y rester. A nous tous d’écrire notre histoire avec ambition et respect : Une histoire qui se souvient sans ambiguïté ce qu’elle doit aux kanaks, peuple premier reconnu par l’accord de Nouméa et dont la présence, au sein de la communauté nationale, est une chance inestimable ».

Une déclaration coloniale pleine de mépris et une véritable insulte au peuple Kanak dont le droit à l’autodétermination est une fois de plus nié, alors même que les résultats pro-indépendance des dernières élections montrent une forte croissance des idées indépendantistes dans l’archipel. Un discours qui accompagne une volonté de défendre les intérêts des colons et loyalistes présents dans l’archipel et qui souhaitent maintenir leur pouvoir en Kanaky, alors que l’État français a dépêché sur place des renforts pour étouffer la moindre démonstration de colère.

Une véritable déclaration de guerre qui rappelle tout de même les objectifs de la France : maintenir ses positions dans l’espace indo-pacifique dans le cadre des tensions internationales entre la Chine, les États-Unis et l’Union Européenne. Comme l’a rappelé Charles Wea, membre du FLKNS, interviewé par Mediapart : « Plus structurellement, la France est en train de changer de cap et de reconstruire sa diplomatie pour maintenir sa présence dans le cadre indo-pacifique, surtout après l’affaire des sous-marins et le conflit avec l’Australie. Maintenir la Nouvelle-Calédonie dans l’orbite de la France est, dans ce cadre, essentiel. Nous sommes captifs d’une géopolitique globale et d’une restructuration diplomatique plus générale. »

Des objectifs qui expliquent l’impossibilité de faire confiance à l’Etat français, qui n’aura cessé de chercher à éviter toute décision favorable à l’indépendance dans le cadre d’un processus structurellement orienté dans le sens des intérêts de l’impérialisme français. Face à cette attaque historique contre le peuple Kanak, les organisations du mouvement ouvrier, syndicales et politiques, en France, doivent continuer à soutenir de toutes leurs forces la population Kanak, victime de la colonisation française et de la négation de son droit à l’auto détermination. L’échec du processus de referendum et le passage en force du gouvernement français rappellent les limites de la voie institutionnelle et appellent à une large mobilisation pour conquérir un véritable droit à l’auto-détermination.



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