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Politique

Simulacre de démocratie

Emission taillée pour Macron, exclusion de candidats : début de campagne anti-démocratique sur TF1

Ce lundi soir sur TF1 avait lieu le premier évènement de la campagne présidentielle autour de la guerre en Ukraine. Avec quatre candidats exclus, des temps de parole différenciés et aucun débat contradictoire, c’est en réalité à un entretien VIP d’Emmanuel Macron que les téléspectateurs ont assisté.

mardi 15 mars

Ce lundi, TF1 ouvrait le bal des « débats » présidentiels à moins de 30 jours du premier tour de l’élection avec une soirée « La France face à la guerre ». Pendant 3 heures, Anne Hidalgo, Fabien Roussel, Valérie Pécresse, Marine Le Pen, Jean Luc Mélenchon, Eric Zemmour et bien entendu le président sortant Emmanuel Macron se sont succédés pour répondre aux questions de Gilles Bouleau et Anne-Claire Coudray.

Avec une minute de profession de foi, quinze minutes d’entretien individuel puis deux minutes de conclusion chacun, le format est inédit dans le cadre de la campagne présidentielle. Pour cause, à quatre semaines du premier tour, cette première soirée n’a rien du débat traditionnel. Les candidats ne se croisent pas, et défilent simplement les uns derrière les autres devant les journalistes qui s’appliquent à poser des questions redondantes – « Poutine est-il un dictateur », « augmenterez-vous les impôts », « quid de la retraite ».

Un format qu’on imagine conçu pour répondre aux exigences de Emmanuel Macron, qui a annoncé ne pas souhaiter de débat avant le second tour. Ce dernier a donc été au cœur de cette émission spécialement taillée pour lui. Avec trente minutes de temps de parole, le président sortant a réalisé l’exercice sans trop d’effort quand ses adversaires se sont montrés souvent mal à l’aise avec la configuration du plateau où chacun ne savait pas s’il fallait rester debout ou assis, s’adresser aux journalistes ou à la caméra, répondre à ses adversaires ou non. Habitué aux allocutions présidentielles et aux entretiens exclusifs dont le dernier en date était également sur TF1 en décembre 2021, Emmanuel Macron était donc tel un poisson dans l’eau face à la bienveillance outrancière des journalistes.

Fidèle à son personnage de « chef de guerre », le président a revendiqué sa gestion de la crise climatique, de la pandémie et du conflit en Ukraine. « Nous avons traversé tant de crises ensemble (…) nous pouvons y arriver, nous pouvons le surmonter » a ainsi commencé le chef de l’État, façon pour lui de distancer immédiatement ses concurrents. Avec un ton arrogant qu’il maitrise à la perfection, le candidat de l’Élysée a ensuite expliqué qu’il allait « dire les choses à Poutine », jouant de sa casquette de président de l’Union européenne, alors qu’il n’a pourtant rien obtenu au dernière nouvelle.

Une mascarade de faux-débat

Le format de faux débat interminable n’a pas fait sensation chez les téléspectateurs (moins de 5 millions de téléspectateurs, contre plus de 10 millions en 2017 pour le premier débat organisé sur TF1). Celui-ci aura en revanche était une vitrine du caractère anti-démocratique de cette élection.

Au premier rang de celui-ci, outre les différences de temps de parole, l’exclusion pure et simple de quatre "petits" candidats parmi lesquels Philippe Poutou et Nathalie Arthaud. Une mesure profondément scandaleuse, derrière laquelle on trouve, là encore, la patte du Président. De fait, celui-ci avait déjà fait savoir qu’il ne souhaiterait pas débattre avec Philippe Poutou.

Le candidat du NPA avait en effet, lors du débat du 1e tour de 2017, réussi à déstabiliser plus d’un candidat, notamment avec la réponse sur l’immunité ouvrière en direction de Marine Le Pen. Le président sortant semblait chercher à éviter tout remake cauchemardesque où un petit candidat viendrait briser la sérénité du clan des huit présents sur TF1.

Face à cette offensive, les "petits" candidats exclus du débat se sont trouvés bien seuls. En effet, si quelques tweets de candidats et de leurs équipes ont été faits sur l’absence de Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, rien n’a été entrepris pour imposer leur présence. De même, aucun candidat n’a profité de sa prise de parole pour faire remarquer le problème démocratique posé par l’exclusion de candidats ayant recueilli les 500 parrainages.

Une invisibilisation médiatique qui n’est pas sans rappeler celle que dénonçait il y a quelques semaines Anasse Kazib, et qui donne le ton de cette élection présidentielle. A un mois du 1er tour, tout semble fait pour paver la voie à une élection sans débat, au service d’une probable réélection d’Emmanuel Macron. Pas de quoi enthousiasmer la majorité de la population d’un système à bout de souffle.



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