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Notre classe

"Pas de justice, pas de paix !"

Deux ans après la mort de George Floyd. Une génération transformée, un système inchangé

« I can’t breathe » : les derniers mots de George Floyd ont été repris comme un cri de ralliement contre les meurtres policiers aux Etats-Unis et partout dans le monde. Deux ans après sa mort, la police continue de tuer, mais le soulèvement massif provoqué par son assassinat a changé toute une génération.

mardi 31 mai

Crédit Photo : Left Voice

Il y a un peu plus de deux ans, le 25 mai 2020, quelques mois seulement après le début de la pandémie, Derek Chauvin a enfoncé son genou dans le cou de George Floyd pendant près de 10 minutes. Les policiers Alexander Kueng et Thomas Lane sont restés à ses côtés et ont aidé Chauvin à commettre ce crime odieux. Les passants ont supplié Chauvin d’arrêter, Darnella Frazier a courageusement enregistré la scène sur son téléphone. Floyd a pleuré pour sa vie, il a pleuré pour sa mère et Chauvin l’a tué.

La vidéo de son assassinat s’est répandue dans le monde entier et a déclenché le plus grand mouvement social de l’histoire des Etats-Unis. Cet été là, plus de 26 millions de personnes sont descendues dans la rue, les Noirs en première ligne. La mort de George Floyd a eu un impact sans précédent dans un pays où la police tue en moyenne 1000 personnes par an, les Noirs dans une proportion double à celle des Blancs.

Le mouvement Black Lives Matter (BLM), né en 2013 après la mort de Trayvon Martin, un adolescent noir tué par un policier alors qu’il faisait ses courses, s’étendit au delà des frontières des États-Unis pour dénoncer le racisme systémique des polices du monde entier. Dans près de 4500 villes dans le monde, des manifestations furent organisées. En Europe, des militants arrachèrent les statues des colonisateurs, et quelques mois plus tard seulement, un soulèvement contre les violences policières liées au SRAS a vu le jour au Nigéria. En France, à l’appel du comité « Justice pour Adama », lui aussi victime de la police, plusieurs centaines de milliers de jeunes prirent la rue

Deux ans après le meurtre de George Floyd, quel est le bilan de BLM ?

Même en plein milieu du mouvement BLM, la police a continué d’assassiner des Noirs. Reonna Taylor, Tony McDade, Daniel Prude, qui avait à peine 16 ans, Ma’khia Bryant, et tant d’autres ont perdu la vie entre les mains de policiers. La police ne s’est pas arrêtée de tuer. Cependant toute une génération a été profondément transformée par ces manifestations et les discussions qu’elles engendrèrent en famille ou entre collègues de travail.

Aux Etats-Unis mais aussi ailleurs dans le monde, toute une génération a pris conscience de certaines idées clés. Le racisme est systémique. Les policiers n’hésitent pas à tuer des Noirs et à brutaliser les manifestants qui défendent la vie des Noirs. Les services de police sont abondamment financés alors que le gouvernement prétend qu’il n’y a pas d’agent pour la santé ou l’éducation. Tout ce foutu système est coupable.

We should all agree : The answer is not to defund the police. It’s to fund the police.
一Joe Biden, lors de son discours sur l’État de l’Union.

Sur le plan politique et institutionnel, si le Parti républicain est plus exubérant dans sa défense de la police, il ne faut cependant pas s’y tromper : les Démocrates ont tout autant intérêt à maintenir une police forte et en aucun cas ils ne se les mettront sur le dos. Ce qui ne les a pas empêchés de récupérer le mouvement BLM à des fins électorales : Biden s’est fait élire sur une plate-forme demandant plus de transparence de la part de la police, allant jusqu’à reconnaître l’existence d’un racisme systémique inhérent à la police.

Une fois élu cependant, ceux qui pouvaient entretenir des illusions ont été déçus : son budget a été renforcé, le « George Floyd Justice in Policing Act », une proposition de loi très modérée, a été rejetée par le congrès, et le décret qui vient d’être signé par Biden est un crachat sur les revendications de BLM. En 2022, le président Joe Biden a décidé d’augmenter les budgets de la police dans tout le pays au-delà des niveaux de 2020, ainsi que l’augmentation du budget militaire pour renforcer la machine impérialiste américaine à l’étranger.

Dans le même temps, par en bas, toute une génération a été transformée par les manifestations de BLM. C’est perceptible dans le chant entonné par les travailleurs d’Amazon, “Fuck 12”, dans leur lutte pour la syndicalisation du site de Shutter Island. C’est visible sur les pancartes des enseignants de Minneapolis en grève, qui demandent plus d’enseignants afro-américains, et du personnel dans les écoles pour les enfants traumatisés par les violences policières. C’est constatable enfin, dans la solidarité exprimée par la jeunesse de Minneapolis en direction de leurs enseignants, eux qui ont occupé un bâtiment du gouvernement ou défilé dans les rues en scandant “pas de justice pas de paix !”

Plus généralement, cette génération transformée par BLM est présente dans chaque lutte pour la syndicalisation ou contre les pouvoirs en place de ces deux dernières années aux Etats-Unis. Elle est également présente pour faire le lien et exprimer sa solidarité en direction de secteurs à qui l’on disait jusqu’alors que les problèmes étaient distincts : les Noirs, les travailleurs, les homosexuels, etc.

Les masses travailleuses ont été exposées à des idées radicales, bien loin du réformisme et à la cooptation du parti démocrate. Le mouvement à ouvert les esprits sur le racisme systémique de la police, sur l’impossibilité et la futilité de la réformer, sur la dépendance de l’État sur cette institution et le fait que la police est, avant-tout, un organe de répression.

En France, les deux appels du comité Adama, le 2 et 13 juin 2020, après la mort de George Floyd ont constitué un tournant majeur du point de vue de la lutte antiraciste. Ceux-ci ont rassemblé devant le TGI de Paris et place de la République, en tout près de 150.000 personnes contre le racisme d’État et les violences policières. Ces évènements sont quantitativement les plus importants du mouvement antiraciste en France depuis la Marche pour l’égalité de 1983. Ils ont rassemblé de nombreux jeunes racisés des quartiers populaires et des jeunes blancs des centres urbains qui se sont mobilisés contre les violences policières et le racisme. Dans le même temps, dans le sillage du mouvement des Gilets jaunes, la notion de « violences policières » s’est popularisée très largement, reflétant une sensibilisation croissante à des thématiques portées depuis des années par le mouvement antiraciste et les militants des quartiers populaires

Si le mouvement BLM a exprimé à bien des égards une certaine radicalité, certaines figures de BLM regrettent aujourd’hui de ne pas avoir porté leur protestations sur les lieux de travail. En juin 2020, les dockers de la côte Ouest aux Etats Unis avaient en ce sens montré l’exemple par la grève et donné un aperçu de ce qui devrait être fait pour défendre la vie des Noirs et mettre fin à la brutalité policière. Assurément le mouvement Black Lives Matter, aux Etats-Unis comme en France, doit nous servir de leçon. Il est plus que central que les travailleurs et leurs organisations s’engouffrent dans ce combat aux États-Unis comme ailleurs. Il s’agit de construire une unité à travers toutes les luttes qui structurent notre classe. La bataille contre le racisme est essentielle, il s’agit de lutter contre une violence structurelle qui nous divise.



Mots-clés

Racisme d’État   /    #JusticeForGeorgeFloyd   /    Comité Vérité pour Adama   /    Adama Traoré   /    #BlackLivesMatter   /    Etats-Unis   /    Notre classe   /    International