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Crise sanitaire

Covid-19. Levée du masque, fin des jauges, plusieurs épidémiologistes alertent

Au début du mois, le Premier ministre Jean Castex annonçait la levée d’une majeure partie des restrictions concernant le Covid-19, qui sont rentrées en application ce lundi 14 mars. Désormais, le port du masque en intérieur n’est plus obligatoire, mis à part dans les transports publics et les établissements de santé, et le passe vaccinal est suspendu – sa « version sanitaire » restant maintenue dans les établissements de santé.

lundi 14 mars

Crédits photo : VIOLETA SANTOS MOURA / REUTERS

Seulement depuis les annonces du Premier ministre, qui tendaient à faire comprendre à la population que l’épidémie était entrée dans sa phase endémique, le nombre de cas de contaminations est reparti en hausse en France : la moyenne des sept derniers jours atteignait plus de 63.000 cas ce samedi, contre 52.000 la semaine précédente. Si cette augmentation ne se répercute pas pour le moment sur l’admission en réanimation, 1857 personnes se trouvent toujours en soins critiques, un chiffre supérieur à l’objectif initialement fixé par Olivier Véran pour la levée du passe vaccinal – qui était de 1500 personnes.

Ainsi, si plusieurs données semblent expliquer cette hausse, comme par exemple la réouverture des établissements scolaires ou les conditions météorologiques actuelles, l’arrivée du variant BA.2, un sous-variant d’Omicron considéré comme désormais majoritaire en France, est désigné comme l’un des principaux facteurs. En corrélation avec la levée des restrictions annoncée par le gouvernement, le développement de ce nouveau variant pourrait donc venir aggraver la situation sanitaire en France.

Le variant BA.2, sous couche d’Omicron s’étend en Europe

Apparu dans l’Hexagone à la fin du mois de janvier, le variant BA.2 est, selon le dernier rapport de Santé Publique France daté du 10 mars 2022 « devenu majoritaire sur le territoire national » lors de la semaine du 28 février au 6 mars, précisant par la suite qu’il atteignait « 52 % des séquences interprétables ». Si l’OMS définie pour l’instant ce variant comme « préoccupant », et expliquait dans un communiqué ce 22 février qu’en termes de dangerosité, « il n’y avait aucune différence de gravité signalée entre BA.2 et BA.1 », des voix s’élèvent pour pointer son taux de contagion plus élevé, qui avoisinerait les 30 % à comparaison avec la souche BA.1 (qui désigne le variant Omicron).

Dans ce sens, la dégradation de la situation sanitaire au Danemark, où la variant BA.2 est devenu majoritaire à la mi-janvier, tend à confirmer non seulement la contagiosité élevée de cette nouvelle souche, mais également que la levée du port du masque et des jauges par le gouvernement Macron est non seulement aventurier, mais un saut dans l’inconnu sur le plan sanitaire. Comme le décrit une analyse de la revue Sciences et Avenir sur la situation danoise : « la situation du Danemark est préoccupante dans le sens où elle évoque celle que vivent les Sud-Coréens actuellement. Les deux pays sont très vaccinés (plus de 85% de leur population a reçu au moins une dose et plus de 60% trois doses) et les deux pays subissent une vague de mortalité sans précédent depuis le début de la pandémie, liée au sous-variant BA.2 ».

Des épidémiologistes appellent à la vigilance sanitaire, Macron prend des mesures électorales

Avec la levée des restrictions en France, plusieurs épidémiologistes donnent l’alerte face à de recrudescence des contaminations. Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique, expliquait ce matin au micro de France Inter que nous étions « encore dans une période où le climat est propice à la circulation du virus » et que les contaminations pourraient atteindre d’ici la fin du mois « jusqu’ à 100.000 par jour, peut-être 150.000 ». De son côté, l’épidémiologiste Yves Buisson déclarait dans une interview à Libération « qu’il aurait été beaucoup plus sage d’attendre le mois de mai pour lever les restrictions ». Pour lui, cela engendre le sentiment « que la partie est gagnée » face à la pandémie, alors que « le taux de reproduction est en train de remonter de façon très significative ». Dans le même sens, Antoine Flahault déclarait dans un article de 20 minutes le week-end dernier que « l’obligation de porter le masque se justifie encore » au vu des taux d’incidence et de reproduction effectif du virus que l’on connaît actuellement en France. Il explique également que si le gouvernement faisait le pari sur un changement de saison, ce « frein estival ne bloque pas totalement le virus ».

Ce que montre une nouvelle fois cette levée des « restrictions », c’est que loin de prendre des dites « mesures proportionnées » à la situation sanitaire, c’est non seulement le MEDEF qui guide les décisions du gouvernement Macron, mais aussi bien des calculs politiques et électoraux. Alors que la situation sanitaire est toujours très incertaine, il est plus indispensable que jamais que les directions syndicales prennent enfin en charge cette question sanitaire en toute indépendance du gouvernement et du grand patronat.



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