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Concertations sur la retraite à 65 ans : rien à discuter, il faut préparer la bataille de janvier !

Cette semaine s’ouvre le dernier cycle de concertations entre le gouvernement et les syndicats sur la réforme des retraites. Au programme, le coeur de la réforme : la retraite à 65 ans. Alors que l'issue de la discussion est déjà connue, l'urgence devrait être de préparer la bataille !

lundi 28 novembre 2022

Crédits photo : Reuters

Si en cette fin du mois de novembre, après le passage de la réforme de l’assurance-chômage, l’actualité politique pourrait sembler presque terne, les concertations suivent leur cours en coulisses sur le dossier des retraites. Dans un large silence du gouvernement et des syndicats, c’est l’avenir de tous les salariés qui est en train de se jouer derrière les rideaux feutrés du ministère du travail.

Cette semaine, c’est ainsi la question centrale de « l’équilibre financier des régimes de pensions » qui doit être abordée. Une question qui est la mère de toutes les batailles, car c’est toujours à ce titre que le gouvernement veut faire passer l’âge légal de départ de 62 à 65 ans. Macron l’a dit et répété : « nous sommes dans une société qui vieillit [et il] est donc normal que nous travaillions plus, surtout compte tenu de la nature des comptes publics ». Depuis cette déclaration lors de la campagne présidentielle, rien n’a changé, et l’objectif du gouvernement reste de nous faire travailler plus longtemps.

En face, depuis le début du cycle de concertations, les directions syndicales jouent les ingénues, systématiquement « surprises » et « déçues » de la méthode gouvernementale. « Soit au ministère ils ont la tête sous l’eau, soit c’est stratégique et ils jouent la montre avec nous » expliquait à la sortie du premier cycle de négociation Yvan Ricordeau pour la CFDT. Lors du deuxième cycle de négociation c’est FO qui jouait les étonnés après avoir appris les annonces du gouvernement avant même les concertations : « le ministre annonce ses choix dans la presse et on n’a plus qu’à s’aligner », regrettait Michel Beaugas, cité par l’AFP. Un regret partagé par la CFDT qui, toujours selon l’AFP, expliquait que «  Ce n’est pas de la négociation si on apprend les choses dans les journaux  ».

Au troisième « round » de concertations, et malgré l’importance du sujet, les directions des syndicats semblent n’avoir toujours pas tiré le bilan des deux premiers. Elles rentrent silencieuses dans le processus et ne manqueront pas, une nouvelle fois, d’afficher leur « déception » et leur « surprise » face à un gouvernement qui n’en démordra pas sur les objectifs de la réforme. Et les quelques annonces du gouvernement sur la question de la pénibilité ne changent rien à la dynamique, si ce n’est qu’elles permettent aux syndicats de justifier leur présence.

La différence cette semaine, c’est que c’est le cœur de l’offensive du gouvernement qui va se discuter, avec des conséquences profondes pour l’ensemble du monde du travail. Alors que la réforme est écrite d’avance, on ne peut donc que s’interroger sur le rôle des concertations que les directions des syndicats continuent de plébisciter. En réalité, elles auront un effet proche de zéro sur le fond du texte qui sera présenté. En revanche, cette méthode du dialogue social permet au gouvernement de dicter l’agenda et de jouer la montre jusqu’au moment de présenter le texte. Pas questions de lancer le sujet des retraites avant Noël : le gouvernement veut faire passer la réforme avec la méthode « blitzkrieg » pour empêcher au maximum les débats.

Que ce soit sur les deux premiers cycles de concertations, mais aussi sur les dernières lois, le bilan de la méthode concertation est pourtant sans équivoque pour les syndicats. Loi travail XXL de 2017 ? Aucune avancée avec les concertations. Réforme des retraites de 2019 ? Même conclusion. Première réforme de l’assurance chômage en 2021 ? Pas plus de résultat. Seconde réforme de l’assurance chômage ? Encore un échec des concertations. Et la liste est encore longue. Malgré tous ces échecs en rase campagne, Philippe Martinez, Laurent Berger et les autres continuent de jouer le jeu du gouvernement, en jetant un voile pudique sur le fond de la réforme et en ne publicisant pas les projets concrets d’Emmanuel Macron.

Pourtant, le sujet n’est pas seulement une contre-réforme néolibérale comme les autres : il s’agit de faire travailler trois ans de plus tous les salariés. Même si Laurent Berger et la CFDT se sont opposés à toute mesure allant dans ce sens, tout comme la CGT, force est de constater que pour l’instant rien n’est fait pour préparer les salariés à se battre contre le gouvernement. Pire, les concertations désarment notre classe, en donnant au gouvernement le contrôle des horloges. Et pendant que les directions des syndicats vont une nouvelle fois se faire humilier par le gouvernement, des semaines se passent sans qu’un plan de bataille à la hauteur de la situation ne soit préparé.

Car si l’histoire des réformes des retraites montrent bien une chose, c’est qu’aucune négociation n’a jamais fait reculer les gouvernements. En 1995 et en 2019, deux réformes des retraites ont été abandonnés par les gouvernements Juppé et Macron face au blocage du pays par la grève. En 2010, c’est justement l’échec d’une mobilisation reconductible, en capacité de bloquer l’économie, qui avait ouvert au report de l’âge de départ à la retraite à 62 ans contre 60 ans auparavant. L’histoire est claire : pour faire reculer Macron, seule une mobilisation interprofessionnelle, avec des grèves reconductibles, pourra faire trembler le gouvernement. Un tel mouvement ne peut cependant se faire sans préparation, sans un travail pour convaincre les salariés de la grève, d’organiser des liens entre les différents secteurs, et sans commencer à remplir des caisses de grèves. Autant de choses que les bureaucrates de la CFDT et de la CGT se gardent bien de faire.

Quitter la table des négociations, rendre public toutes les propositions du gouvernement, et préparer la grève : voilà ce que devrait être l’agenda du mouvement ouvrier.



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