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Société

Féministes, tant qu’il le faudra

Cologne. Après le Nouvel An, bye bye féminisme, vague islamophobe et discours anti-réfugiés

Maia de Abril Dans le rapport publié par la police allemande sur les événements du Nouvel An à Cologne, il est fait état de plus de 500 femmes agressées lors du réveillon du 31 décembre, dont une grande partie sexuellement. Un millier d’hommes rassemblés sur la place centrale de la ville, entre la gare et la cathédrale, beaucoup fortement avinés, ce qui n’est en aucun cas une excuse mais en réalité un profond révélateur de caractère fondamentalement sexiste de la société, se sont rendus coupables de violences, d’insultes, d’agressions, et de vols également, parfois tout en même temps, à l’encontre des femmes présentes, pour qui cette célébration a tourné au cauchemar. Cependant, de nombreuses zones d’ombre persistent et aujourd’hui, au lieu de chercher à lutter contre l’idéologie sexiste qui imprègne toutes les sociétés et mène à des conditions de vie quotidienne déplorables pour les femmes, ce sont l’accueil et la place des réfugiés en Europe qui sont mis en cause.

mardi 12 janvier 2016

516 plaintes déposées dont la moitié pour agressions sexuelles et 107 avec vols. Au total une cinquantaine de suspects identifiés par les polices locales et fédérales. En réalité, ce qui est considéré comme un fait soi-disant « sans précédent » suscite de vives critiques contre les forces de l’ordre car jusqu’à ce que les plaintes soient rendues publiques, celles-ci faisaient le bilan d’une soirée de festivités s’étant déroulées dans le calme. Cependant, ce n’est pas la première fois que la police cache des faits massifs d’agressions sexuelles lors d’événements publics, comme en Suède lors d’un festival pour les jeunes à Stockholm, durant les étés 2014 et 2015. Et quand on sait que pour la nuit de la Saint Sylvestre à Cologne, les policiers sur place se sont laissés déborder, n’ont pas appelé de renforts et n’ont en aucun cas rendu compte en temps réel de la situation, on peut s’interroger, naïvement et de manière rhétorique, sur l’importance accordée aux violences faites aux femmes par les représentants de l’ordre. D’ailleurs, mis sous pression et incapable de s’expliquer, le chef de la police de Cologne a été suspendu de ses fonctions 8 jours plus tard. Évidemment, cela révèle à quel point une réponse sécuritaire serait inefficace alors que l’origine de ces comportements n’est ni culturelle ni contextuelle mais avant tout politique et sociale. Le sexisme est omniprésent et les femmes le subissent au quotidien, par bien des manières.

Situation exceptionnelle ou révoltante réalité ?

En France, 75 000 viols sont commis chaque année et selon de nombreux sondages, 100 % des usagères ont été harcelées dans les transports. Rappelons également que plus de la moitié des plaintes pour des agressions sexuelles visent des proches et que tous ces chiffres précèdent largement l’arrivée des réfugiés en Europe. De la même manière, le « bagage culturel » est une donnée absurde lorsqu’il s’agit de dénoncer toute forme de violence à l’encontre des femmes, toutes les violences sont condamnables. De plus, Cologne n’est malheureusement pas la seule ville concernée par une « explosion » de plaintes pour agressions sexuelles pendant la nuit du Nouvel An. Ce sont plus de 12 villes allemandes confrontées à la même situation, avec 50 plaintes pour Hambourg et 40 pour Düsseldorf notamment. De même pour la Finlande et pour de nombreuses villes en Europe. Cependant, ceci n’est pas à mettre sur le compte d’un quelconque engouement suite aux événements de Cologne, ces chiffres élevés reflètent simplement l’horrible réalité du traitement des femmes dans la société, exacerbé les jours de fête. En effet, rien ne permet d’affirmer que ceci est le fruit d’une organisation préméditée mais les propos de Heiko Maas, ministre fédéral de la Justice sont à l’image du niveau de conscience inexistant concernant la réalité vécue par les femmes : « Quand une telle horde se rassemble pour enfreindre la loi, cela paraît sous une forme ou une autre planifié. Personne ne me fera croire que cela n’a pas été coordonné ou préparé. » Pour le moment, la réponse donnée est celle d’un renforcement des effectifs de police pour éviter tout débordement lors du Carnaval de Cologne à venir. En effet, les pouvoirs publics considèrent la situation comme une crise à gérer et l’offensive sécuritaire ne permettra évidemment en aucune manière de faire avancer les mentalités mais en revanche vient appuyer une vague réactionnaire à l’encontre des réfugiés et des populations immigrées musulmanes ou assimilées.

Un avant et un après le Nouvel An à Cologne… Oui mais pour les réfugiés

Ainsi, l’extrême-droite ne se fait pas attendre pour lancer une campagne de stigmatisation massive à l’encontre des réfugiés. S’appuyant sur le fait que les personnes interpellées sont majoritairement immigrées d’Afrique du Nord, c’est sur des bases clairement islamophobes que Pegida a organisé une manifestation samedi dernier à Cologne, réunissant 1700 personnes, et qui a dégénéré en heurts avec la police. Sur Internet, ce sont des dizaines de fausses images du Nouvel An qui sont diffusées pour entretenir l’idée que les responsables des agressions sont tous issus de populations immigrées et que celles-ci sont néfastes et ne parviennent pas à s’intégrer. Une chasse à l’homme a même été organisée dans la ville et une vingtaine de personnes a agressé plusieurs étrangers ce dimanche en début de soirée. Ce qui n’est pas dit, c’est qu’à cette mobilisation réactionnaire s’est opposée une manifestation de 1200 militants antifascistes, dénonçant la récupération des événements par l’extrême droite, et que les centaines de femmes réunies défilant contre les violences faites aux femmes l’ont fait à bonne distance des identitaires de Pegida. En effet, l’extrême droite, avec ses discours nauséabonds sur la place des femmes dans la famille ou sur l’avortement, demeure une force profondément réactionnaire lorsqu’il s’agit des droits des femmes. En revanche, la pression qui est exercée ainsi sur le gouvernement d’Angela Merkel, régulièrement attaquée pour sa politique d’asile, pourtant largement hypocrite et insuffisante, permet à cette dernière de reculer encore concernant les droits et l’accueil des réfugiés. Aujourd’hui, lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal, celle-ci a plaidé pour que les ressortissants algériens déboutés du droit d’asile soient renvoyés plus rapidement dans leur pays. Cette idée rentre dans une politique plus large s’attaquant aux migrants condamnés en Allemagne et qui subiraient alors une double peine. Encore une fois, les événements de Cologne paraissent particulièrement opportuns pour le gouvernement, mais évidemment pas pour faire avancer la situation des femmes.

En revanche, et pour lutter à la fois contre les violences faites aux femmes et leur instrumentalisation, la réponse demeure celle d’une politique profondément anti sexiste et anti raciste. L’oppression des femmes existe dans toutes les sociétés et parmi les combats qu’il faut mener ne se trouve pas celui de la stigmatisation des réfugiés et de la remise en cause de leur accueil. N’oublions pas que, parmi eux, se trouvent de nombreuses femmes. Leur lutte est aussi la nôtre.



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