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Borne premier ministre : une nomination en catastrophe qui illustre la fébrilité de Macron 2

Nommée en catastrophe, alors que Catherine Vautrin semblait être dans les petits papier de l’Elysée jusqu’à dimanche soir, Elisabeth Borne est la promesse de contre réformes d’ampleur contre le monde du travail, mais aussi le signe des difficultés rencontrées par la macronie en ce début de quinquennat.

mercredi 18 mai

Photo Ludovic Marin AFP

Une nomination en catastrophe

La chance d’Elisabeth Borne s’appelle Catherine Vautrin. Hier sceptiques sur son nom, les poids lourds macronistes ont fini par s’en contenter. Tout le week-end, Alexis Kohler, Richard Ferrand ou encore François Bayrou se sont relayés pour tenter de dissuader Emmanuel Macron de lui préférer l’ancienne ministre de Jacques Chirac comme ils ont cru qu’il allait le faire. Il y aurait eu une vraie surprise pour le coup. Ils ont réussi.

Dimanche soir pourtant, c’est encore Catherine Vautrin qui tient la corde. Mais depuis que le nom de l’élue de Reims a fuité vendredi, ses prises de position contre le mariage pour tous tournent en boucle sur les réseaux sociaux. De quoi provoquer une levée de bouclier au sein de l’aile « gauche » de la majorité. « Le groupe LREM risque d’exploser en vol » prévient alors sèchement le patron de l’Assemblée nationale. « C’est une pure folie » commente Bayrou.

22 jours d’attente, plus de trois semaines de casting et patatra … quelques heures seulement avant la présentation officielle de la nouvelle locatrice de Matignon, Emmanuel Macron change ses plans. Le chef de l’Etat a pourtant fait usage de précautions, jusqu’à retarder l’échéance le plus tard possible. Comme si la nomination d’un nouveau premier ministre, qui devait être une arme pour le -très mal élu- président de la République et le souffle d’une nouvelle dynamique, était devenue peu à peu un problème politique. Comme si face aux tendances contradictoires auxquelles il prétend répondre, Macron commençait à douter quant au projet de son nouveau quinquennat.

Elisabeth Borne : le non-choix d’Emmanuel Macron

Pourquoi donc Elisabeth Borne ? L’ex-ministre du travail a une qualité que Catherine Vautrin n’a pas. Libération ne s’y est d’ailleurs pas trompé mardi matin en qualifiant sa nomination de « non évènement politique » : elle suscite l’indifférence. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder du côté des réactions provoquées par l’annonce de sa nomination. A peine nommée, la voilà déjà surnommée « Plan B », comme Borne.

Macron promettait un « président nouveau » pour un « mandat nouveau », il a fait le choix de la continuité et du non-choix. Parmi toutes les options qui s’offraient à lui, le président de la République a opté pour la plus neutre. Haute fonctionnaire, trois fois ministre, ex de la RATP et de la SNCF, mais aussi fossoyeuse des services publics, porte étendard de la réforme de l’assurance chômage, et spécialiste en contre-réforme, Elisabeth Borne répondait au cahier des charges. Mais c ’est surtout son profil « techno » qui a fini par convaincre le chef de l’Etat. Capable sans sourciller, de faire passer pour technique un choix politique, Elisabeth Borne est moins clivante, du moins que les autres à candidater au poste.

« Macron entérine l’évolution de la logique institutionnelle de la Ve République en faisant du premier ministre un coordinateur de l’action ministérielle et non plus le chef de la majorité » résume pour le Monde un soutien d’Emmanuel Macron. Mais de s’interroger « C’était déjà le cas avec Castex, ça a bien fonctionné pour gérer le Covid, mais est-ce que ça marche pour faire des réformes ? ».

Un choix qui cache mal la fébrilité de Macron

Emmanuel Macron est bien conscient que son second mandat commence sur un volcan endormi qui pourrait très vite se révéler incandescent. Avec une assise sociale toujours plus étroite, le président de la République a pu compter sur un vote barrage, qui bien qu’en déliquescence lui a permis d’obtenir une victoire à la Pyrrhus. De quoi remporter un second mandat, mais surtout plus que jamais se confronter au défi de gouverner avec une faible légitimité.

Au contraire de ses deux prédécesseurs, la nouvelle première ministre est censée incarner, par son parcours, le social libéralisme et un nouvel ancrage à « gauche » qui doit permettre au chef de l’Etat de répondre à la pression exercée par l’union autour des « insoumis » dans le cadre des législatives. La droite ayant été humiliée au premier tour de l’élection présidentielle, l’heure serait venue de retrouver la voie originelle du macronisme ; celle d’un néolibéralisme à même de replacer le chef de l’Etat au centre-gauche, ou tout le moins de retrouver un point d’équilibre qui ne le fasse pas basculer tout à fait à droite. Le portrait ébauché par les soutiens d’Emmanuel Macron, et relayé par les éditorialistes les plus zélés, est supposé appuyer dans ce sens l’idée selon laquelle le chef de l’État aurait compris le message adressé par l’électorat de gauche au premier comme au second tour de la présidentielle.

Sur le terrain social, face à la colère qui existe quant à l’inflation et qui réveille le spectre des gilets jaunes, le président reconduit cherche à donner des gages. Mais la marge de manœuvre est limitée. Il faut à la fois satisfaire les exigences de réformes du patronat et ne pas laisser la rue devenir éruptive. Macron a choisi d’insister avec Borne, sur la cooptation des partenaires sociaux et le dialogue social, alors que le dossier des retraites s’annonce particulièrement explosif et que dans son précédent poste, la ministre du travail, avait réussi à faire passer la réformer de l’assurance-chômage sans trop d’encombre.

Dans son entourage proche, ils étaient un certain nombre à lui conseiller un poids lourd. Mais Macron n’en a pas voulu. A défaut de surprendre ou d’élargir sa majorité politique, comme il l’avait fait en nommant Edouard Philippe, issu de LR, il y a cinq ans, Emmanuel Macron s’est surtout choisi un profil politique qui ne risque pas de lui faire de l’ombre. Pas de quoi provoquer l’enthousiasme donc, mais pas de quoi non plus souffler sur les braises d’un climat social qui face aux tendances inflationnistes et la hausse des prix ne demande qu’à s’embraser.

Ainsi, alors que la nomination d’Elisabeth Borne est dans la continuité du quinquennat anti-social précédent, Macron parie sur un profil « acceptable », spécialiste des contre-réformes, mais non pas radicale, à droite mais pas trop. Un entre deux symptomatique des difficultés que rencontre la macronie en ce début de quinquennat. Quant à nous, notre réponse devra s’inscrire dans la continuité des luttes radicales qui ont traversé la France ces cinq dernières années. Des luttes qu’il faut plus que jamais organiser, coordonner, doter d’un programme et d’un plan de bataille, en commençant par refuser net les promesses de « dialogue social » agitées par Borne et préparer une mobilisation unitaire pour l’augmentation des salaires !



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