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Politique

Réforme de l'assurance-chômage

Baisse des allocations, abandon de poste : l’Assemblée vote des attaques historiques contre les chômeurs

Si la réforme des retraites est scrutée de près, celle de l’assurance chômage semble avoir moins retenu l’attention. Pourtant, ce qui s’est joué ces deux derniers jours à l’Assemblée nationale est la concrétisation d’une offensive d’ampleur en direction d’acquis historiques du mouvement ouvrier.

jeudi 6 octobre

Crédits photo : JULIEN DE ROSA / AFP

A l’Assemblée nationale comme ailleurs, pour la macronie, la rentrée est placée sous le signe de la casse sociale et des contre réformes. Dans la continuité du premier volet de la réforme, concrétisé à l’occasion du quinquennat 1 et clos sur la modification du mode de calcul de l’allocation chômage et la baisse des pensions, le coup d’envoi de la saison II était fixé lundi dernier. Sur la ligne de départ, LREM, LR et le RN partageaient un même objectif. Au programme : le détricotage en règle de certains acquis historiques des luttes ouvrières pour faire payer la crise au monde du travail.

Réforme de l’assurance-chômage 2.0 : une surenchère anti-ouvrière

Dans la nuit de lundi à mardi, le ton de cette nouvelle saison est donné. En votant la mesure clé et l’article 1 du projet de contre-réforme de l’assurance chômage 2.0, les députés de la majorité présidentielle, du Modem, de LR et du RN ont mis fin à tout suspense. Aussi, peu après minuit sont entérinés à la fois la prorogation des règles actuelles et leur durcissement.

Plus précisément, l’article 1 ouvre la possibilité, par décret, de moduler l’assurance-chômage sur la conjoncture afin « qu’elle soit plus stricte quand trop d’emplois sont non pourvus, plus généreuse quand le chômage est élevé » selon la communication répétée en boucle par Emmanuel Macron et le gouvernement. En d’autres termes, alors que le patronat ne cesse de répéter à longueur de journée qu’il manque de main d’œuvre et que les entreprises peinent à recruter, il n’existe que peu de doutes quant au sens que prendra cette mesure une fois appliquée, à savoir la baisse des indemnités de chômage et le durcissement des modalités d’éligibilité.

Mercredi soir, deuxième temps fort et seconde attaque d’ampleur. Portée par les députés de la majorité et de droite, une mesure décrétant l’assimilation de l’abandon de poste à une démission est votée. Dans le texte, l’amendement stipule que « le salarié qui a abandonné volontairement son poste et ne reprend pas le travail après avoir été mis en demeure à cette fin (...) est présumé démissionnaire ». Concrètement, voilà les travailleurs -encore plus- enchaînés à leur travail -de merde- et dans l’impossibilité de le quitter, sous peine de se voir couper les vivres.

De son côté, Marine Le Pen en profite pour jouer sa propre partition dans la surenchère anti-ouvrière et anti-pauvre et propose que le refus par un salarié de s’engager dans un CDI à la fin d’un CDD soit aussi sanctionné comme une démission et le cas échéant par la privation des allocations. La mesure n’est pas votée … faute de temps, mais le gouvernement se garde le droit de l’appliquer prochainement.

En effet, les modalités de cette nouvelle forme de l’assurance-chômage seront décidées à l’issue d’une phase de discussion et de concertation de six à huit semaines avec les directions syndicales et patronales et appliquées par décret pour une entrée en vigueur début 2023. En résumé, la surenchère pourrait se poursuivre …

Une attaque historique, à quand la riposte ?

La chasse anti-ouvrière et anti-pauvre de ces derniers jours à l’Assemblée nationale poursuit un objectif clair. En pleine crise économique, il s’agit de constituer une main-d’œuvre précaire et corvéable au patronat en obligeant les chômeurs à accepter des boulots moins bien payés et de moins bonnes conditions de travail pour éviter de vivre sans indemnité.

Autrement dit, c’est une attaque qui concerne l’ensemble du monde du travail. Dans ce contexte, du côté des directions syndicales devrait émerger une fin de non-recevoir immédiate en réponse à l’invitation de Dussopt and Cie. D’autant plus que le gouvernement se laisse la possibilité de passer outre les négociations à coup de décret.

Au regard de l’attitude des directions syndicales ces derniers mois, du refus de préparer un véritable plan de bataille contre la vie chère et pour les salaires à la capitulation en règle sur la réforme des retraites de ce mercredi, rien n’est moins sûr.

L’ampleur de l’attaque appelle pourtant, et dans l’urgence, à une réponse du même calibre. Alors qu’une colère s’exprime dans le pays sur les salaires à travers plusieurs grèves, notamment dans le secteur de la pétrochimie mais aussi dans celui de l’automobile, il faut imposer aux appareils syndicaux de mettre toute leur énergie à la construction d’un véritable plan de bataille d’ensemble qui pose conjointement la question des salaires et de la riposte à mener face aux contre-réformes de la Macronie. Un plan pour passer à l’action et pour gagner !