^

Genres et sexualités

Une figure de l'oppression spécifique des femmes au travail

Auchan City à Tourcoing. Après avoir fait une fausse couche en caisse, Fadila ne touche désormais plus aucun revenu

C’est une information de l’UL CGT Tourcoing : la caissière d’Auchan Tourcoing qui a fait une fausse-couche le 22 novembre dernier en continuant de travailler, car sa hiérarchie lui avait interdit de quitter son poste, ne perçoit aujourd'hui plus aucun revenu. En cause, la direction du magasin qui n’a pas fait les démarches pour que son accident du travail soit reconnu. Colette Bizon

vendredi 3 février 2017

C’est Fadila, jeune femme de 23 ans, qui raconte et son récit fait froid dans le dos. Le 22 novembre à 14 heures, elle commence sa journée de travail à Auchan City de Tourcoing, malgré le fait qu’elle soit enceinte de 3 mois et souffre de complications. Elle a demandé plusieurs fois à la direction des horaires et un poste aménagé, mais elle ne les a pas obtenus. A 15h, elle a très mal au ventre et appelle à l’aide sa responsable qui lui répond qu’elle est occupée. Elle demande alors des dolipranes à un agent de sécurité qui les lui refuse. En fin d’après-midi, la douleur est devenue insoutenable et Fadila est au bord du malaise. Les clients s’inquiètent pour elle, elle se lève alors de sa chaise et découvre qu’elle est trempée de sang. Un responsable la voit se lever, hausse la voix et lui ordonne de rester sur sa chaise : « Ce n’est pas l’heure de ferma ta caisse ! ». Un agent de sécurité réagit enfin et appelle les pompiers qui constatent une fausse-couche.

Fadila est hospitalisée, sous le choc. Lorsqu’elle sort de l’hôpital, sa responsable ne prend aucune nouvelle. Elle ne lui demande qu’une chose : un justificatif d’absence pour reprendre le travail. La direction du magasin n’enverra néanmoins la déclaration d’accident de travail que le 23 décembre, soit un mois après l’accident ! Pour couronner le tout, Fadila subit une retenue de salaire d’une semaine car son badge ne marchait pas. Résultat des courses de ce mois de décembre cauchemardesque : 350,64€ de salaire.

Aujourd’hui, Fadila ne reçoit plus aucun revenu. La caisse primaire d’assurance maladie lui apprend que son employeur n’a pas fait le nécessaire pour que celle-ci puisse percevoir ses indemnités liées à son accident du travail. Il s’agit juste d’un formulaire à remplir et à envoyer à la caisse d’assurance maladie. Le communiqué de la CGT de Tourcoing informe que l’union locale traite fréquemment des cas similaires : « Nous avons bien compris qu’il s’agit de faire payer à ces salariés leur velléités de résistance. »

« Jamais plus je ne porterai sur ces magasins le même regard qu’avant. Tout a changé. Cela va être très difficile de pardonner. C’était mon bébé… Et ma santé qui était en péril. On est bientôt

en 2017, c’est incroyable qu’on puisse perdre son bébé comme ça sur son lieu de travail. » témoigne Fadila. Malheureusement, cet accident n’est qu’une illustration parmi tant d’autres de l’extrême précarisation qui peut toucher les femmes travailleuses. Dans le même magasin, une caissière a été virée en août dernier pour une erreur de caisse de 85 centimes. Double journée de travail, temps partiels, variation de l’emploi en fonction du chômage, bas salaires, maternité vue comme un obstacle à la rentabilité. Des conditions de travail très précaires qui touchent particulièrement les femmes, Fadila a décidé de porter plainte. La soutenir dans ce combat est primordial car il est celui de toutes les femmes opprimées et doublement exploitées par le système capitaliste. Son avocat plaidera au pénal le « non-respect d’une obligation de prévention », la « non-assistance à personne en danger » et ira aux prud’hommes en cas de non-régularisation de la rémunération de Fadila.



Mots-clés

discrimination   /    Précarité   /    Violences faites aux femmes   /    Patrons-voyous   /    Genres et sexualités