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Sous-traitance

Attaque de la SNCF contre les droits syndicaux : les agents du nettoyage d’Onet organisent la riposte

Alors que les JO 2024 approchent, la direction a ordonné la réorganisation complète de la sous-traitance du nettoyage sur la ligne du RER B pour se prémunir de toute possibilité de contestation. Les agents du nettoyage d'Onet, parmi lesquels de nombreux anciens grévistes mobilisés pendant 45 jours en 2017, préparent la riposte.

Cécile Manchette

30 janvier 2023

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A l’approche des jeux olympiques, IDF mobilités et la SNCF souhaitent défaire un collectif d’agents du nettoyage

Vendredi dernier, des agents du nettoyage de toutes les lignes de RER du réseau francilien (D, H, K, B, C…) ont répondu à l’appel de leurs délégués syndicaux pour une réunion exceptionnelle. Une assemblée était en effet convoquée en urgence face à une nouvelle menace qui plane au-dessus de leur tête : la SNCF a décidé de précipiter la fin de son contrat avec l’entreprise de sous-traitance Onet sur la ligne B, et de lancer un appel d’offre en divisant la ligne B en trois lots distincts, c’est à dire potentiellement trois entreprises différentes.

Une nouvelle que les cinq délégués syndicaux qui siègent au CSE ont appris il y a quelques semaines par Onet. L’entreprise de sous-traitance n’a pas caché sa surprise étant donné que son contrat devait durer initialement sur cette ligne jusqu’en décembre 2023 - comme c’est le cas pour les lignes H, K et sur le secteur Nord Ile de France de la ligne D - et sera finalement résilié le 31 mai prochain.

Fernande Bagou, agente du nettoyage sur la ligne H, déléguée syndicale siégeant au CSE, a immédiatement exigé des explications sur ce revirement soudain et sur la réorganisation prévue. « On nous a expliqué très clairement qu’il y a la crainte, du côté de la SNCF et IDF Mobilités que les salariés fassent grève pendant les jeux olympiques de 2024. Si ça s’avère vrai, c’est vraiment de la maltraitance et du mépris envers nous qui travaillons depuis des années sur ces lignes ».

Fernande fait partie de la centaine de grévistes qui en décembre 2017 ont mené une grève de 45 jours pour leurs conditions de travail. Une grève que l’entreprise Onet, mais aussi la SNCF, ne sont pas prêts d’oublier puisque les grévistes ont fini par gagner sur l’ensemble de leurs revendications. Pour Fernande Bagou, le message envoyé par la SNCF est clair : « il n’y a aucune logique à diviser en trois lots différents une même ligne. Ils veulent nous punir d’avoir fait cette grève en 2017 et d’être organisés depuis, de nous défendre. Ils craignent qu’on recommence, et veulent nous séparer ».

En effet, si le nettoyage de chaque ligne de RER était assuré par une voire plusieurs entreprises différentes, les travailleurs ne pourraient plus s’organiser et se défendre syndicalement comme aujourd’hui. « Si on est 5 par ci, 7 par-là, il sera beaucoup plus difficile pour nous de réunir les salariés. Surtout si on est moins de 50 au sein d’un lot, on perdra le CSE. » s’inquiète Fernande Bagou. La suppression d’un CSE serait une victoire pour la SNCF, car l’existence de cette instance contraint les patrons des entreprises de sous-traitance concernées à différentes obligations envers les élus du personnel.

Cette décision politique est à juste titre perçue comme un moyen de défaire le collectif de travailleurs qui s’est créé en 2017, et qui depuis essaie tant bien que mal de défendre les droits et les conditions de travail des salariés. Ce collectif est un acquis précieux dans le secteur du nettoyage et de la sous-traitance qui emploie majoritairement des travailleurs immigrés.

A l’approche des Jeux olympiques 2024, les politiques s’affolent de ne pas avoir un réseau ferroviaire parfaitement fonctionnel. La décision prise vis-à-vis de la ligne B traduit donc la volonté de la part d’IDF mobilités, de la SNCF et de la RATP de s’assurer qu’aucune contestation ne viendra s’inviter dans les JO. En face, les agents du nettoyage ne comptent bien sûr pas se laisser marcher dessus.

La journée de grève du 31, une opportunité pour commencer à visibiliser l’attaque et organiser la réponse

Une centaine de travailleurs du nettoyage réunis en assemblée vendredi 27 janvier ont échangé sur la nature du projet de réorganisation qui va toucher la ligne B, conscients qu’une fois mise en place sur une ligne, la SNCF n’hésitera pas à l’étendre aux autres lignes. Désormais informés du projet qui se prépare, les 4 délégués SUD Rails et la déléguée CFDT sur le périmètre ont proposé aux salariés de se réunir à nouveau le 31 janvier, prochaine journée de grève interprofessionnelle contre la réforme des retraites.

Anasse Kazib, cheminot et délégué SUD Rail, présent à la réunion, est intervenu pour détailler l’impact du projet de réforme des retraites sur les travailleurs, et l’importance de se mobiliser massivement mardi. Un impact qui sera d’autant plus violent pour des travailleurs à l’emploi usant et pénible, réalisé majoritairement par des personnes immigrées, dont de nombreuses femmes. Nul doute qu’ils seront amenés à partir avec de très petites retraites du fait de leurs bas salaires, mais aussi en raison des multiples départs anticipés liés à l’usure physique, ou encore des difficultés d’atteindre 43 annuités pour nombre de travailleurs immigrés. « Quand on nettoie des gares toute la journée, qu’à 50 ans on a déjà de gros problèmes de dos et de santé, c’est dur de s’imaginer porter des poubelles, travailler dans le froid, à 64 ans » insiste Fernande.

Le 31 janvier prochain, des salariés d’Onet participeront ainsi à l’assemblée générale de Paris Nord pour visibiliser leur situation auprès de tous les grévistes qui seront présents. Ils manifesteront ensuite en cortège pour leurs conditions de travail, contre la maltraitance, et pour des retraites dignes, aux côtés de l’ensemble des travailleurs du rail.


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