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Roissy : les grévistes d’un sous-traitant d’Air France dénoncent un management « raciste et discriminatoire »

Les salariés de Transdev Aéropiste-interpiste sont entrés dans un mouvement de grève depuis le 7 octobre pour leurs salaires, mais aussi pour leurs conditions de travail. Ils dénoncent notamment des discriminations syndicales et racistes de la part de la direction, dans un contexte d’augmentation des cadences exigé par AirFrance.

27 novembre 2023

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Roissy : les grévistes d'un sous-traitant d'Air France dénoncent un management « raciste et discriminatoire »

Crédit photo : wikimedia commons

Depuis vendredi 7 octobre 2023, les salariés de Transdev aéropiste-interpistes se sont mis en grève pour obtenir 300 euros d’augmentation de salaires, l’embauche des travailleurs intérimaires mais aussi en réaction à un management qualifié de « raciste et discriminatoire ».

Dans un contexte de grande intensification des cadences de travail depuis plusieurs années, mises en lumière par une expertise « risque grave » de SECAFI réalisée en 2021, qui alertait sur les risques psychosociaux liés à cette évolution, plusieurs salariés dénoncent les méthodes de la direction. En effet, les salariés d’inter-piste ont vu leurs cadences augmenter de 25 % en moyenne dans la dernière période, une croissance liée selon un rapport d’expertise à une « exigence plus importante des partenaires détenteurs des marchés », en l’occurence AirFrance, ainsi qu’à « une diminution progressive du nombre de salariés ».

A l’augmentation des cadences, s’ajoutent en outre selon les salariés des méthodes managériales discriminatoires et racistes. Ainsi, Daniel*, salarié et élu CGT raconte qu’après le COVID et une période d’activité intense, les salariés ont commencé à discuter de l’éventualité d’une grève en réaction au refus de leur accorder la « prime Macron ». Un cadre serait alors intervenu et aurait déclaré : « tu as vu, comme t’es noir je te déconseille de faire grève si tu veux évoluer ». Suite à cet échange qui l’a profondément choqué, Daniel* raconte qu’il a commencé à faire une dépression, et qu’il a fait un courrier à la direction, qui l’a reçu plusieurs mois plus tard pour lui signifier qu’il n’y aurait pas de suites.

A contrario, durant les mois qui suivront, Daniel sera l’objet d’une discrimination renforcée. On lui refuse notamment de changer de planning pour pouvoir voir ses enfants les weekends, malgré l’accord d’un de ses collègues pour le remplacer. Il raconte : « je les ai presque forcés pour qu’ils finissent par accepter que je change de weekends. Je pense que le responsable leur a dit de me faire chier au maximum, les régulateurs me font finir tard, me cherchent des poux, me donnent des tâches casse gueule parce qu’ils sont encouragés à le faire. J’ai fait remonter et ils n’ont jamais été sanctionnés. C’est encore des discriminations... ».

Une situation comparable est également racontée Benjamin*, lui aussi travailleur noir, qui a commencé à travailler en intérim dans l’entreprise en 2009, et qui dénonce un traitement discriminatoire. Il décrit notamment avoir dû attendre très longtemps avant d’être titularisé, et l’avoir été bien après d’autres qui étaient arrivés plus tardivement dans l’entreprise. Il explique : « à chaque étape on m’a mis des difficultés même si j’étais parmi les premiers, pour qu’on ne m’embauche pas ». Il décrit « le soir je me retrouve le dernier à finir, sur les vols à problèmes qui risquent de finir tard, etc. On fait exprès de pas me relever ou alord de relever trop tard. Il y a toujours des petites paroles un peu étranges. Dernièrement, on m’a laissé poiroter plus d’une heure à rien faire sans que je puisse repartir chez moi. ». Benjamin s’étonne également de pas se voir accorder de « jours sup » par le planificateur, sur lesquels il compte pour arrondir ses fins de mois.

Il raconte que ce responsable « fait des petites remarques désobligeantes au travail. J’ai un collègue antillais qui reçoit des piques par exemple : « il fait sombre ici ». C’est arrivé pour d’autres collègues aussi. On s’est rendu compte que c’était toujours les mêmes qui sortaient en avance : des blancs. On s’est parfois retrouvés à se retrouver à cinq noirs à faire les vols du soir. Je l’ai signalé à la direction, et on m’a laissé entendre que j’exagérais. Je leur ai dit « regardez ce soir je suis sorti le dernier, regardez demain je serais encore le dernier à sortir », et ils n’ont pas voulu regarder. Souvent des membres de les directions passent devant moi sans dire ni bonjour, ni au revoir. On est pas des animaux ».

Benjamin raconte avoir dû aller voir un psychiatre en raison d’un burnout lié à ces conditions de travail. Après avoir été arrêté par le médecin, il a dû revenir travailler à temps plein pour s’en sortir financièrement, et doit continuer à subir cette situation : « Je continue à prendre des remarques bizarres, par exemple des responsables m’appellent « madame » parce que j’ai des cheveux longs. Ces blagues que je pouvais accepter avant, maintenant c’est plus possible parce que j’ai un trop plein, c’est plus possible ».

Outre ces témoignages, le rapport d’expertise SECAFI fait état de « pressions exercées sur les élus pouvant aller jusqu’à des tentatives de licenciement ». À cette situation de discrimination syndicale et raciste dénoncée par de nombreux salariés, dans des métiers qui concentrent plusieurs facteurs de pénibilité (horaires atypiques, tâches physiques, etc.), s’ajoute une organisation du travail et une répartition entre les chauffeurs incompréhensible pour les salariés, ainsi que des « changements de plannings qui dégradent leur équilibre vie privée-vie professionnelle ». Alors que leur travail s’intensifie énormément, ils se sentent méprisés, discriminés, parfois humiliés, et c’est cette situation qui les a poussés notamment à faire grève depuis le 7 octobre pour leurs salaires et leur dignité.

En réaction la direction de Transdev aéropiste-interpiste n’a pas hésité à mettre en œuvre une répression féroce et à s’attaquer à des responsables syndicaux. Dans ce contexte, un rassemblement s’est tenu ce vendredi 24 octobre, rassemblant des centaines de salariés de l’aéroport de Transdev pour protester contre la menace de licenciement de Nicolas, le secrétaire de l’Union Locale CGT Roissy, mais aussi contre la mise à pied disciplinaire de Nordine, élu CGT, et les menaces à l’encontre de Mohammed, lui aussi militant CGT .

Pour les soutenir, vous pouvez participer à leur caisse de grève

*Prénom modifié


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